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2016-2020 : CRAINTES ET PROMESSES

2016-2020 : CRAINTES ET PROMESSES

13 juillet, 2016

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Les trois prochaines années, d’ailleurs dès ce dernier semestre de 2016, seront difficiles pour l’économie marocaine, en dépit du légitime optimisme attaché au prix modéré du pétrole et aux promesses permises par le mouvement (de plus en plus constant) des industries qui se délocalisent crescendo ailleurs pour s’établir au Maroc. Ces signes ne sauraient écarter certaines inquiétudes.

Déjà pour l’année en cours, la croissance ne dépassera probablement pas 1,5% au lieu du taux pour le moins fantaisiste promis par le gouvernement Benkirane (4%). Pour 2017, le HCP table sur 3,5% pour l’année prochaine, ce qui semble hors de portée à voir l’état de délabrement économique de l’Union européenne, notre principal client, investisseur et pourvoyeur d’aide publique au développement.

Le Brexit est venu ajouter l’incertitude à l’incertitude. Et il ne révèlera ses plus fâcheuses conséquences qu’à partir du premier trimestre de 2017 où l’on verra l’Europe des 27 affronter ce qui ressemblerait fort probablement à un remake plus ou moins systémique de la crise de 2008. D’ores et déjà, l’Italie, l’Espagne et la Finlande s’essoufflent à oxygéner financièrement leurs banques.

Les élections françaises et américaines ajouteront à la frilosité des investisseurs et la spéculation autour de la chute des actifs reprendra de plus belle. Ne parlons pas de ce que nous appelons chez nous des « élections » qui ne manqueront pas d’enfanter le même type de majorité « mongolienne », blanc bonnet-bonnet blanc !

De plus, l’Amérique peine à communiquer son rétablissement économique à une Europe empêtrée dans une espèce de « mal-être » quasiment existentiel, ne sachant ni où ni par où transiter vers son salut non seulement politique, mais surtout social et, par conséquent, économique. Tout cela aura des incidences sur l’économie marocaine à plus d’un registre.

Certes, le déficit budgétaire reviendra cette année à une proportion plus amène avec 4,1% et la balance des paiements ne sera probablement déficitaire que de 2,2%. Mais, le taux d’endettement public galope de plus en plus vers les 100% du PIB, atteignant à la fin du présent exercice 81% !

Aussi, plus que jamais, le volontarisme économique dont on use en interne comme en direction de l’Afrique subsaharienne devient-il de plus en plus vital quant à la conquête de perspectives entrepreneuriales non seulement bilatérales (BTP, Banques, Télécoms…etc.) avec nos partenaires oust-africains, mais également triangulaires incluant notamment l’Asie.

Il existe, enfin, deux impondérables que la diplomatie marocaine doit gérer avec beaucoup de doigté durant les trois prochaines années. Je veux parler de l’équation successorale à la tête du pouvoir en Algérie et les crises de fausse fierté que manifeste de plus en plus la Mauritanie à l’encontre de son voisin du nord qu’est la Maroc. D’autant que ces spasmes (peu) diplomatiques semblent encouragés non seulement par le voisin de l’Est, mais également par des puissances dont on se doute trop peu de leur capacité de nuisance et qui sont en premier lieu…la France et, dans une moindre mesure, certains grands pays africains (Afrique du Sud, Egypte…etc.) jaloux de la marche marocaine vers l’émergence. Pourquoi la France ? Parce que la pénétration multidimensionnelle de l’Afrique occidentale par le Maroc (coopération solidaire, culturelle, cultuelle et géostratégique, investissements, joint-ventures…etc.) aliène les carnets de commandes des mastodontes hexagonaux du BTP, de la gestion déléguée et de la finance…etc. La carte mauritanienne constitue donc pour ces lobbys-là un moyen de pression stratégique.

C’est donc une vigilance à toute épreuve qu’il faut actionner d’ici 2020, l’année où le pays gagnera la moitié de son autonomie énergétique et pourrait même lécher le mur d’une véritable émergence.

A condition que rien d’exceptionnellement dramatique ne vienne, de l’Est, du Nord ou du Sud, altérer ses ambitions !

Par Abdessamad MOUHIEDDINE  


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