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A BÂTONS ROMPUS AVEC TAHAR LAKNIZI

A BÂTONS ROMPUS AVEC TAHAR LAKNIZI

17 octobre, 2016

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  • Connu surtout comme traducteur, Tahar Laknizi est aussi un poète au verbe vertigineux. Avec une assurance confondante, «quand fleurit le Carthame » est d’excellente facture. Conversations « à bâtons rompus »
    – Quelle définition pourrait-on proposer à la poésie ?

Permettez- moi d’abord de vous remercier ainsi que Bled de m’avoir ouvert cette lucarne grâce à laquelle quelques lecteurs pourraient me connaître davantage .Pour communiquer de manière expressive, fascinante et émouvante qui vise aussi bien les sensations que les émotions, et qui s’écarte de la langue commune et des expressions familières, l’homme a inventé les arts. Dans ce sens, on peut dire que la poésie en est un. La poésie est un creuset où l’on enfourne une langue élégante et raffinée, que l’on verse dans les moules des métaphores nouvellement forgées et que l’on revêt des images homogènes et les sens qui composent un tout où l’on entend des voix s’harmoniser et se hausser et où l’on voit des lumières danser et scintiller. La poésie est de la sagesse ; c’est une lune qui éclaire les chemins ténébreux de l’homme chaque fois qu’il s’égare dans les steppes de ses passions.

 – Naît-on poète ou bien peut-on décider de le devenir ?

Je crois que personne ne vient au monde sans dons. Cependant ce sont les

milieux : (la maison, l’école et la rue) qui jouent un rôle prépondérant dans l’épanouissement ou l’extinction d’un tel ou tel don. En effet, celui qui est doué pour la poésie est souvent d’une sensibilité excessive à tout ce qui l’entoure. C’est pourquoi il commence dès son bas âge à se servir de ses sensations pour traduire les émotions qui en découlent. Avant de voler de ses propres ailes, il s’est déjà approvisionné de berceuses, de cantiques des parents, de chansons et de poèmes que les instituteurs, à cheval sur les principes, lui faisaient apprendre et réciter bon gré, malgré lui.

En ce qui concerne la deuxième partie de ta question, je peux affirmer que si l’on est enclin à la poésie et on décide d’être poète, sans en avoir le don, on ne sera qu’un versificateur.

– A quel moment avez-vous ressenti votre attrait pour la poésie ?

A vrai dire, depuis mon enfance. Dès l’école primaire nous nous sommes confrontés à de grands écrivains dont les beaux textes nous donnaient du plaisir en les lisant. Nous ne connaissions pas cette panoplie de jeux dont jouissent actuellement les enfants. Pendant les vacances ou quand on n’a pas de devoirs à faire, le flot du temps libre nous submerge dans une oisiveté ennuyeuse. Pour nous en sortir, nous nous plongeons dans tout écrit qui nous tombe sous la main. Mon père lisait, d’ailleurs, il avait une petite bibliothèque alors qu’aujourd’hui, il ya des foyers qui ne réservent même pas un petit coin pour les livres. Un jour, il a lu un poème qui l’a tellement fasciné par la fluidité de la langue arabe, la beauté du style raffiné, les métaphores et les images qu’il l’a appris à force de le répéter. C’était une élégie de (Alfarazdaq) pour l’un des petits-fils du prophète. Je l’ai entendu dire un jour, qu’il aimerait que quelqu’un de ses fils compose une élégie le jour de son décès. A cet âge-là, je ne connaissais que ce qu’on appelle : la récitation.  Après sa mort, je fus tellement affligé que j’ai commencé un poème intitulé : « l’orphelin », mais comme je manquais de mots pour exprimer sincèrement mes sentiments, j’y ai renoncé. Cependant mon avidité pour la lecture ne cessa de s’accroître.

 – Qu’est-ce qui vous a encouragé à évoluer dans la poésie ?

J’étais un lecteur assidu et régulier ; je poursuivais ce qu’on publiait dans les rubriques littéraires. J’écrivais des poèmes que je lisais à mes collègues ou à mes amis et je les mettais de côté. Après, je me suis rendu compte que j’avais dans ma besace des textes qui me paraissaient mieux que quelques-uns publiés. Alors, après plusieurs hésitations, j’ai envoyé un poème à l’un des quotidiens et je l’ai vu publié une semaine après. Cela m’a incité à envoyer mes essais à des revues littéraires de bonnes réputations et un lectorat considérable. Je peux affirmer que les prix aussi nous incitent à ne pas céder, à ne pas nous désespérer en nous doutant de l’utilité de ce que nous composons.

 – De quoi le poète est-il porteur ?

Il est porteur d’une missive. Il prêche l’amour, la coexistence, l’altruisme, la

paix… Il ne vit pas sur Mars ; il doit embrasser étroitement son époque. S’il ne peut pas protester contre les actes dépravés, inhumains et immoraux, il n’a droit, du moins, ni d’applaudir pour le despotisme, l’injustice et les guerres sales, ni même, de se taire.

 – Vos idées, vous les prenez où ? dans les dîners, dans les cafés, dans les

journaux ? vous piochez où ?

«  Un sac vide ne peut pas tenir debout. », dit un proverbe français. La

lecture est la soupape de sûreté pour chaque écrivain si on ne peut dire pour chaque apprenant. L’enfance est la période où s’approvisionnent les réservoirs de la mémoire et de l’imagination, et les livres sont les affluents dont se nourrit le fleuve de l’écriture. Je puise mes textes de ma propre expérience mûrie par des déboires successifs, de mon enfance meurtrie, instable et martyrisée, de la réalité misérable d’un monde fou qui ne croit plus aux nobles principes, des actes de l’homme d’aujourd’hui qui est devenu l’artisan de sa propre ruine. Bref, de ce qui m’entoure et qui m’émeut la bile ou m’enchante.

 – A quelle étape de l’élaboration de « Quand fleurit le Carthame », avez-vous

pensé au titre ?

Pour Genette, le titre a quatre fonctions ; quant à Yves Agnès, il lui en

attribue six dans son « Manuel du journalisme. » Je peux avancer que le titre peut parfois dérouter le lecteur. Mon recueil, manuscrit, a eu «  le prix de créativité » dans la compétition : « Prix Littéraires Naji Naaman 2012 » sous le titre de : « Bruissement du silence. » Cependant, en voulant le publier, j’au dû le relire et l’amender. Ainsi, le titre s’est tramé au fil de ce travail.

 – Que représente pour vous le fait d’avoir été invité dans un événement

littéraire en Tunisie ?

En effet, ce n’était pas la première fois puisque j’ai eu l’occasion de visiter

l’Algérie après avoir remporté le prix de la poésie maghrébine, organisé par « Aljahidhia », et la Tunisie pour celui de la littérature pour enfants. Je considère les rencontres et les colloques littéraires comme des universités ambulantes vu le savoir-faire des organisateurs, la compétence des animateurs, la renommée des participants, la qualité des textes et l’affluence du public, parfois de diverses nationalités. Ces moments de confrontations des textes, de discussions fructueuses, de concertations et d’approfondissements des points de vue me permettent une auto-évaluation afin de m’améliorer et que ma devise soit monnaie courante.

  • Avez-vous de nouveaux projets ?

Tout individu n’ayant pas de rêves et qui n’a pas d’ambition est un être

mort. Nul ne peut vivre sans ouevrer pour se dépasser en réalisant ses projets, plutôt ses rêves bien qu’ils paraissent parfois irréalisables. J’aspire à ce que mes poèmes pour enfants soient, un jour, répétés et chantés.

 

 – Votre idéal bonheur terrestre ?

Que la paix et l’amour règnent partout dans le monde et que toute

l’humanité vive sans calamités. Qu’on sorte de la maison, le matin ou le soir, comme autrefois, fille ou garçon, sans avoir peur d’être kidnappé, violé, ou touché par une balle perdue, sans craindre les sentinelles.

 

 – Que serait votre grand malheur ?

C’est de voir la civilisation arabo-musulmane se disloquer, et les pays

s’émietter en des cohortes sectaires et belligérantes. Je crains que notre langue, notre culture et nos mœurs se dissolvent au point de disparaître à jamais

 – Etat présent de votre esprit ?

Mon état d’âme est un miroir sur lequel se reflètent les maux, la panique

et le désarroi qu’éprouvent des enfants errants dans un monde en feu, sans savoir pourquoi ils sont poussés dans une telle fournaise.

 – Quelle est la phrase que vous aimeriez qu’on retienne de vous ?

Que les hommes adoptent la tolérance pour que leurs descendances ne soient

pas belliqueuses, misérables et factieuses.

Par : Reda HOUDAIFA

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             


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