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Assouli appelle à l’ijtihad sur la question de l’héritage

Assouli appelle à l’ijtihad sur la question de l’héritage

16 novembre, 2015

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 La question de l’égalité sur l’héritage qui est aujourd’hui mise au devant de la scène, suite à la publication du rapport du CNDH sur la parité, a, depuis longtemps été débattue au sein des structures des associations féminines. Mais l’accélération des mutations sociales la rendent urgente. Faut-il, oui ou non, changer les lois coraniques et instaurer l’égalité dans la loi successorale. Fouzia Assouli, secrétaire générale de la Fédération des Ligues démocratiques des droits des femmes appelle à l’ijtihad. Entretien.

 

Bled.ma : Que pensez-vous de la réaction du chef du gouvernement suite à la publication du rapport du CNDH sur la parité?

 Fouzia Assouli : C’est quand même désolant. Le chef du gouvernement oublie qu’il est chef du gouvernement et qu’il doit faire respecter la constitution et les institutions comme le CNDH qui est un mécanisme de défense des droits humains. Le CNDH a été constitué selon les principes de Paris et les normes internationales de promotion des droits humains. Il y a dans les propos du chef du gouvernement un calcul de politique politicienne. Il oublie sa mission de veiller sur l’autonomie des institutions et de leur fonction. Il devrait être à l’écoute de toutes les recommandations du Conseil Economique et Social et au classement international qui a classé le Maroc 133e et attentif à toutes les données alarmantes du Haut Commissariat au Plan concernant la baisse du taux d’activité des femmes de 30 à 25%, le taux d’analphabétisme, la précarité des femmes, les femmes chefs de familles. La question des soulaliyates sur la précarité et la pauvreté. C’est l’impact de la discrimination sur la croissance. A. Benkirane se met dans un rôle de gardien du temple. Nous savons que le temple a son gardien.

 Bled.Ma : La question de l’égalité dans l’héritage a été soulevée il y a plusieurs années. Mais il n’a jamais été mis au devant de la scène. Est-ce une question de timing et de contexte national et international ?

 Fouzia Assouli : Je ne peux pas dire que cela n’a pas été une priorité. Disons que cela n’était pas une priorité à une certaine époque. Si on parle de 1999 où la législation était catastrophique vis-à-vis de la femme, il fallait s’attaquer à cela, au code du statut personnel. Mais nous, en tant que FLDDF, nous avons reçu plusieurs familles qui étaient victimes de du TAASIB. Elles étaient victimes de cette législation. A l’époque, nous avions réalisé un mémo pour demander sa révision. Nous avons aussi recommandé la révision du droit successoral en se basant sur l’égalité pour abroger la discrimination . Nous avons aussi organisé des tables rondes avec des sociologues et des théologiens sur la question.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que notre société a connu une accélération des mutations sociales : taux de natalité, mariages qui ne se font plus au sein de la famille, urbanisation, effritement de la solidarité sociale, … Aujourd’hui, 7% des femmes sont célibataires. Il y a donc un renforcement de la précarité des femmes. C’est un facteur très important. Le tiers des femmes sont chefs de famille, toutes ces familles vivent dans la précarité. Donc la question est soulevée de façon urgente parce qu’il y a des changements sociaux en profondeur. En principes , les oulémas devraient être à l’écoute de ces mutations.

 Bled.ma : Justement, au sein de la société, il y a deux grandes tendances. L’une est pour l’ijtihad alors que l’autre la réfute ? De quel « camp » les associations féminines font-elles partie ?

 Fouzia Assouli : Le conservatisme n’a jamais fait évoluer les sociétés. Que signifie «nous devons ne pas toucher le coran»? Les makassid : c’est le plus important. Le but de tout cela c’est l’égalité. Donc il faut qu’il y ait ijtihad. Pourquoi à chaque fois lorsqu’il s’agit de femmes, on parle du fait qu’il ne faut pas toucher les textes et que le changement n’a pas lieu d’être. Pourquoi a-t-on permis l’ijtihad lorsqu’il s’agissait de ne pas couper les mains d’un voleur? Nous avons le rite malikite qui est ouvert et permet cela. Nous avons 3 accès notamment celui de la nécessité ; il est dans l’intérêt de la société de changer car il y a des impacts négatifs sur les femmes et la famille.

Nous avons donc la possibilité d’ appliquer une nouvelle jurisprudence. Il faut un débat serein. J’interpelle les oulémas sur l’ijtihad et leur demande d’ être à l’écoute de la société, il ne faut pas se cacher avec une instrumentalisation de la religion ce qui risque de gravement porter atteinte à notre religion et notre société.

Propos recueillis par Amale DAOUD

 


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