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Banques islamiques : Faut-il y croire ?

Banques islamiques : Faut-il y croire ?

14 mai, 2015

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Cela ne saurait tarder. Les banques marocaines devraient lancer leurs filiales de finance islamique dans les prochains mois. Les préparatifs vont bon train. Mais qu’est-ce que la finance islamique? Comment s’adresse-t-elle? Quelle est sa cible? Le marché marocain est-il très potentiel?

Plus que quelques semaines, ou quelques mois dit-on, pour que les banques marocaines créent leurs filiales spécialisées en finance islamique ou alternative. Juridiquement, l’opération est possible.Le 25 novembre dernier, après plus de deux années d’attente, le projet de loi n° 103.12 relatif aux établissements de crédit et organismes assimilés a été adopté à Rabat. Il définit le statut de banque islamique au Maroc et précise les produits qui pourront y être commercialisés. Cette loi doit permettre non seulement la création d’institutions dites « participatives » mais aussi aux entreprises marocaines qui le souhaitent de se financer via des émissions de sukuk, des sortes de «certificats d’investissement» conformes « aux préceptes musulmans qui interdisent l’intérêt ». Ces filiales, une fois créées, porteront le nom de banques participatives. C’est ce que prévoit la loi. A l’instar de ce qui se passe en Turquie, on n’utilisera pas le nom de banque islamique mais plutôt participative.Quelques indiscrétions ont commencé à fuser ici et là concernant les partenariats entre banques marocaines et étrangères. BMCE Bank s’allierait au saoudien Al Baraka. Ce dernier serait majoritaire dans le capital avec 51%, BMCE Bank détiendrait pour sa part 49%. Côté contrôle, c’est le Conseil supérieur des oulémas qui assurera cette mission. Pour le marché marocain, il s’agit d’un nouveau segment à exploiter. Les autorités marocaines veulent faire de Casablanca un hub régional pour la finance participative. Selon certaines prévisions, l’Etat marocain table sur 30 milliards d’euros d’investissements à attirer via cette nouvelle finance principalement en provenance du Moyen-Orient. Y arrivera-t-il pour autant ? Mais c’est surtout, pour une majorité de décideurs, un moyen d’augmenter le taux de bancarisation de la population marocaine. Ce taux est actuellement de 56%. Il reste encore en-de-ça de ce qu’il devrait être mais reste tout de même honorable comparativement à plusieurs pays d’Afrique où il n’atteint pas les 20%. Une frange importante, selon les estimations, devrait s’ajouter via les banques participatives. Ce qui laisse optimistes plusieurs acteurs. Standard & Poor’s parle d’un épart de marché de 5% dans les deux prochaines années. Ce qui devrait correspondre à 7 milliards d’euros. Le chiffre est considéré comme « exagéré » par des banquiers de la place. Les prévisions, selon ces derniers, ne dépasseraient pas les 3%. « Il faut garder à l’esprit que les banques doivent préserver leur marché traditionnel. On ne peut donc pas développer ce segment dans des proportions qui dérangeraient l’activité classique», explique un banquier. Pas aussi sûr que cela. Dans plusieurs pays où se situent d’importants avoirs de finance islamique, le succès a été nettement plus grand. Le fonds Monétaire International attribue ce succès aux grandes réserves de fonds propres et de liquidités dont disposent les banques participatives, ce qui leur aurait permis de mieux supporter les chocs de la crise économique.

 Par Leila Amiri

Qu’est-ce que la finance islamique?

Apparue en 1975 à Dubaï avec la Dubai Islamic Bank, cette finance impose le respect de plusieurs principes religieux fondamentaux dans l’Islam: l’interdiction du «riba» (l’intérêt assimilé à l’usure), du «gharar» et du «maysir» (l’incertitude, la spéculation), du financement d’activités «haram» (alcool, viande de porc, pornographie…). La finance islamique fonctionne sur le principe de la «Moucharaka», c’est-à-dire le partage des profits et des pertes entre les différentes parties, ainsi que l’obligation d’investir dans l’économie réelle via des actifs tangibles. En théorie, les produits dérivés sont donc interdits. Par ailleurs, des conseils, formés de docteurs en religion islamique, sont chargés d’examiner dans chaque établissement la conformité des produits proposés.

 

Quels sont les instruments financiers proposés?

L’un des principaux instruments est la «Mourabaha», une forme d’emprunt sans intérêt. Son principe: lorsqu’un client veut acheter un bien, la banque en fait l’acquisition à sa place. Le client lui rembourse ensuite en une ou plusieurs fois le montant du bien, majoré d’une commission déterminée à l’avance et qui reste fixe. A l’échéance du contrat, la banque transfère la propriété du bien à son client. Un des autres produits phare est l’ «Ijara», une sorte de crédit-bail: comme dans la Mourabaha, la banque acquiert le bien. Mais cette fois, elle ne le revend pas au client. Elle le lui donne en location, avec possibilité de rachat au terme du contrat. Autre produit phare: la «Moucharaka»: deux partenaires investissent ensemble dans un projet. Les profits comme les pertes sont partagés en fonction du capital investi par chacun. Reste enfin les «Sukuk», assez proches des obligations proposées par la finance conventionnelle.

 

  • La finance islamique est-elle réservée aux Musulmans?

Pas seulement, selon les experts. Cette finance se base sur des principes éthiques universels de responsabilité et d’absence de spéculation, rappellent-ils. Toutefois, ce sont bien les 1,6 milliard de Musulmans à travers le monde qui sont prioritairement visés.

  • Que représente la finance islamique à l’échelle mondiale?

Depuis sa création, la finance islamique a connu une croissance exceptionnelle. Le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et d’autres organismes financiers internationaux estiment que les avoirs des banques islamiques ont été multipliés par neuf à 1800 milliards de dollars entre 2003 et 2013, soit une progression de 16% par an. Ils dépasseraient actuellement les 2000 milliards. Plus de 40 millions de personnes dans le monde sont actuellement clientes d’une banque islamique. Ce secteur va encore doubler de volume à 4000 milliards de dollars en 2020, selon des experts.

  • Où se situent ces avoirs?

L’Iran détient environ 40% des avoirs des banques islamiques, l’Arabie saoudite 12% et la Malaisie 10%. Globalementles banques islamiques sont situées dans le Golf persique, à 20% en Asie du Sud et à 20% dans le reste du monde.

 


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