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Ces personnalités qui s’inquiètent de l’état de l’Algérie

Ces personnalités qui s’inquiètent de l’état de l’Algérie

11 novembre, 2015

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Cette fois, l’attaque n’est pas venue d’opposants affichés, mais de personnalités réputées favorables au chef de l’Etat. Dans une lettre datée du 1er novembre, mais rendue publique vendredi 6 novembre, dix-neuf personnalités algériennes demandent à rencontrer Abdelaziz Bouteflika afin de lui faire part de leur inquiétude face à « l’extrême gravité de la situation ».
L’initiative, inédite, n’est pas passée inaperçue dans un pays en proie aux incertitudes autour de la succession d’Abdelaziz Bouteflika et à une dégradation de la situation économique. Parmi les signataires figurent notamment Khalida Toumi, ex-ministre de la culture, la députée trotskiste Louisa Hanoune, mais aussi des figures de la lutte pour l’indépendance, dont la sénatrice Zohra Drif-Bitat. Des personnalités qui ont soutenu le quatrième mandat du président en 2014 ou ne s’y sont pas opposées.
« Nous estimons qu’il est de notre devoir de patriotes algériens d’attirer votre attention sur la dégradation du climat général dans notre pays », affirment les dix-neuf signataires, qui mettent l’accent sur « la déliquescence des institutions de l’Etat », « la substitution d’un fonctionnement parallèle, obscur, illégal et illégitime au fonctionnement institutionnel légal », « la grave dégradation de la situation économique et sociale » et « l’abandon des cadres algériens livrés à l’arbitraire ».
Si le ton est respectueux – à aucun moment Abdelaziz Bouteflika, très affaibli depuis un accident vasculaire cérébral en 2013, n’est mis en cause –, l’idée sous-jacente est que le chef de l’Etat serait tenu à l’écart du pouvoir par une partie de son entourage. Le rôle de Saïd, frère cadet du président, est régulièrement montré du doigt. « Je connais très bien le président et je doute que certaines décisions soient de sa propre initiative », a ainsi affirmé l’ex-ministre Khalida Toumi. Les signataires ont expliqué avoir décidé de rendre leur lettre publique pour s’assurer que M. Bouteflika en aurait bien connaissance.
« Dilution du pouvoir »
« Une façon polie de poser la question de sa capacité à remplir ses obligations, ce que l’opposition dit depuis très longtemps », estime l’ancien ministre, aujourd’hui opposant, Abdelaziz Rahabi. Pourquoi diffuser une telle lettre maintenant ? « Il y a aujourd’hui une impression de dilution du pouvoir, avec l’émergence d’un patronat, les changements au sein des services de renseignement, les arrestations de généraux… Or, c’est une classe politique qui est habituée à des équilibres entre l’armée, les services de renseignement et la présidence. »
L’initiative intervient dans un contexte de profonds remaniements opérés dans l’ombre, notamment la mise à la retraite du puissant chef des services de renseignement (DRS), le général « Toufik », et la « restructuration » du DRS. Elle s’est accompagnée de la mise à l’écart ou de l’arrestation de plusieurs généraux, dont Hocine Benhadid, incarcéré après une interview critique à la télévision. S’y ajoutent des inquiétudes croissantes sur le plan économique alors que le pays a perdu plus de la moitié de ses revenus pétroliers en raison de la chute des prix du brut. « Les signes d’une accélération de fin de règne, chaotique, pas claire, avec ses jeux de pouvoirs illisibles », estime M. Rahabi.
« Bouteflika va-t-il répondre ? », titrait le quotidien El Watan au lendemain de la demande d’audience des « dix-neuf ». Le secrétaire général du Front de libération national (FLN), Amar Saadani, et Ahmed Ouyahia, chef du Rassemblement national démocratique (RND, autre parti de la majorité présidentielle), également directeur de cabinet du président, y ont opposé une fin de non-recevoir. « Mis à part le peuple, personne, et je dis bien personne, n’a le droit d’auditionner le président Bouteflika », a commenté M. Saadani.

Le Monde.fr

 


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