Des femmes artistes du Maroc ont partagé, lundi à New York, avec l'ambassadeur itinérant de SM le Roi, Assia Bensalah Alaoui, leur conception de l'art et discuté de leurs création, ambitions et attentes dans le cadre de la "révolution tranquille" que vit le Royaume.
Lors d'une rencontre en présence du représentant permanent du Maroc auprès de l'ONU, l'ambassadeur Mohamed Loulichki, ces artistes ont semblé illustrer parfaitement le "Maroc d'aujourd'hui", à la "fois pluriel et riche de ses racines millénaires".
Placée sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, cette manifestation, initiée, dans le cadre de la 4ème édition du festival "World Nomads Morocco", par le "French Institute Alliance Française" (FIAF), en partenariat avec l'"Association Essaouira-Mogador" et la "Fondation Esprit de Fès", s'est déroulée en présence de diplomates, de personnalités du monde des arts, de la culture et des médias, de membres de la communauté marocaine aux Etats-Unis et d'une centaine de femmes de divers horizons.
Dans une allocution liminaire, l'ambassadeur Loulichki, a mis en exergue la richesse culturelle, civilisationnelle ainsi que les vertus de concorde et de tolérance qui constituent la spécificité de la société marocaine traditionnellement ouverte sur son environnement et prête à échanger, à enrichir et à s'enrichir de ses contacts avec son voisinage.
La force de la Nation marocaine réside également dans sa diversité, sa solidarité et l'attachement fécond de la communauté marocaine à l'étranger à ses racines, et le rôle de trait-d'union qu'elle joue avec le pays de résidence, a ajouté l'ambassadeur.
Evoquant les réformes conduites sous l'égide de SM le Roi Mohammed VI, M. Loulichki les a placées dans le prolongement naturel de celles initiées il y a une dizaine d'années, soulignant que le lâche attentat qui a visé Marrakech, n'entamera pas, pour autant, la détermination du Royaume à aller de l'avant dans le processus démocratique et à donner plus d'ampleur et de profondeur à la dynamique réformatrice visant à "asseoir un Maroc moderne, fier de son passé, confiant en son avenir et engagé de manière irréversible dans la consolidation de l'Etat de droit et l'épanouissement d'une citoyenneté marocaine digne et responsable".
Lors de ce débat, Soultana, jeune rapeuse de 26 ans primée au festival de Mawazine 2008, les artistes Amina Agueznay, Safaa Erruas, Najia Mehadji qui exposeront en avant-première une oeuvre dédiée spécialement au festival et la chanteuse Françoise Atlan, ont chacune, tour à tour, donné, à travers leur vie, leur art et leur projection dans le futur, un aperçu de ce Maroc séculaire et pluriel qui "baigne dans l'interfécondation des cultures".
Pour Mme Bensalah Alaoui, ces femmes semblent illustrer parfaitement le Maroc d'aujourd'hui avec cette identité plurielle, enracinée dans 12 siècles d'histoire et gardée bien vivante, comme le démontre Françoise Atlan dans ses romances séfarades des communautés juives d'Afrique du Nord ou d'Andalousie. Cette identité "si enrichie par l'ouverture et la projection dans la modernité qu'expriment, avec talent", la créativité et la quête de Najia Mehadji, de Amina Agueznay ou encore celle de Safa Erruas qui n'hésitent pas à conjuguer technologie avec tradition voire spiritualité.
A la pointe de l'avant-garde, Soultana, la rappeuse, se fait la voix, avec "verve et audace", de la jeunesse rebelle.
Alors que les femmes gagnent en expertise, pouvoir et visibilité dans de nombreux domaines, elles ont vu leurs droits considérablement renforcés, a affirmé Mme Bensalah Alaoui, qui s'est proposée d'éclairer l'assistance sur le contexte "où tout cela se développe et se vit".
Tout d'abord, dit-elle, c'est à travers la réforme phare du code de la famille qui fait d'elle, depuis janvier 2005, l'égale de l'homme dans la gestion des affaires de la famille, avec toutes les implications d'une telle approche. Le statut de la femme marocaine a été amélioré pour l'essentiel, tant en ce qui concerne le mariage, que le divorce qui est du ressort du judiciaire, que pour la garde des enfants, qu'elle ne perd pas, même en cas de remariage. Le code de la nationalité, adopté en 2007, lui permet de transmettre sa nationalité à ses enfants.
Ces avancées remarquables, a-t-elle fait observer, ont été rendues possibles grâce à la rencontre de "deux légitimités" très fortes: le "travail exceptionnel en la matière des ONG sur le terrain, et la volonté de SM le Roi Mohammed VIÂ qui a mis tout son poids pour accélérer la réforme, en dépit de l'attaque terroriste de mai 2003".
Les réformes des droits des femmes sont, en effet, au cœur des choix stratégiques du pays et des enjeux fondamentaux du changement à impulser, a-t-elle insisté, reconnaissant, toutefois que cette "véritable révolution" culturelle a besoin de temps et de changement des mentalités pour s'inscrire dans les faits, "un véritable défi, que la forte charge symbolique véhiculée par l'amélioration des droits des femmes ne manquera pas de favoriser".
Ces avancées se sont inscrites dans le vaste mouvement de réformes déjà initiées et seront certainement confortées par le processus de la réforme constitutionnelle annoncée par le Souverain le 9 mars dernier dans un discours historique qui jette, dit-elle, les bases d'un "nouveau pacte entre le Roi et le peuple" et consacre cette "révolution tranquille" qui, dans le cadre du printemps Arabe constitue la spécificité du Royaume du Maroc.
Cette refonte de la Constitution vise "une double œuvre de consolidation et de renouveau", a souligné l'ambassadeur, également membre du Comité d'orientation de l'Institut Royal d'études stratégiques. Elle en veut pour preuve les sept points fondamentaux des orientations suggérés par le Souverain et qui cherchent à "consacrer constitutionnellement" la pratique des avancées démocratiques réalisées par les réformes déjà initiées sous le leadership du Roi, mais aussi à étendre et approfondir le champ de la démocratie.
Ces orientations, a-t-elle poursuivi, sont axées notamment sur la consécration de l'identité marocaine plurielle et unifiée, de l'Etat de droit et des institutions, l'élargissement du champ des libertés individuelles et collectives et le renforcement des droits de l'Homme dans leurs dimensions politique, économique, sociale, culturelle, environnementale et de développement.
Outre la consécration constitutionnelle de la région qui sera gérée par un exécutif élu, les attributions du Parlement devront être élargies et le domaine de la loi étendue. Le Premier ministre, à nommer au sein du parti arrive en tête des élections, sera le chef du pouvoir exécutif. L'indépendance de la justice érigera le judiciaire en véritable pouvoir autonome.
Le nouveau projet de Constitution devra également veiller à garantir la moralisation de la vie publique par les standards les plus élevés en la matière et aussi par des instances de contrôle efficients, a insisté l'ambassadeur itinérant.
A l'issu d'un débat national pour enrichir les propositions de la Commission en charge de la réforme, le projet sera soumis à un référendum, le dernier mot revenant ainsi au peuple marocain, a-t-elle rappelé.
"L'on ne change certes pas la société par décret. Mais la méthode retenue pour la réforme constitue, selon elle, une occasion d'impliquer tous les citoyens, de générer des comportements citoyens et de réhabiliter la loi, base de l'édifice Etat de droit".
Pour Mme Bensalah Alaoui, "l'effervescence que connaît le débat actuel est de bon augure pour une telle perspective".
MAP