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Droits des femmes : La Tunisie conforte sa position de leader

Droits des femmes : La Tunisie conforte sa position de leader

14 novembre, 2017

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Présentée comme une véritable victoire par toutes les féministes tunisiennes, et autres progressistes, l’abrogation par le Président de la République tunisienne des circulaires administratives interdisant le mariage avec un non – musulman est assurément une avancée dans le sens de l’égalité des droits. Parallèlement, quelques semaines auparavant, le président avait lancé le débat sur l’égalité dans l’héritage ouvrant la voie au débat sur l’égalité dans sa globalité.

Le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, n’en finit pas d’étonner par ses déclarations. D’abord le 13 août dernier, il évoquait son souhait d’instaurer l’égalité successorale entre hommes et femmes. L’annonce a été perçue comme une formidable avancée même si pour le moment le combat est loin d’être gagné. La Tunisie s’affiche en tant que leader en matière de liberté des femmes et de conscience en Afrique du Nord et dans le monde arabo-musulman en général.

La Tunisie conforte ainsi sa position avant-gardiste.

Ce n’est pas une première. La Tunisie s’est toujours positionnée en tant que pays où les libertés féminines sont les plus grandes, du moins dans la région. C’est Habib Bourguiba, dit «le père de la Nation », qui avait ouvert la voie à l’égalité entre hommes et femmes, dès l’accession à l’indépendance du pays en 1956, dans un pays où elle n’était pas de mise. Les lois adoptées à cette époque étaient carrément révolutionnaires : abolition de la polygamie, institution du divorce judiciaire et donc abolition de la répudiation, fixation d’un âge minimal pour se marier, consentement des deux époux lors du mariage.

Pour le monde arabo-musulman, il s’agissait d’un cataclysme d’autant plus que certaines mesures étaient en contradiction avec le Coran. C’est le cas de la polygamie. Le Coran l’autorise avec une condition : se comporter de façon égalitaire avec l’ensemble des épouses (ce qui paraît quasiment impossible). Habib Bourguiba est venu interdire cette polygamie. Le Maroc, qui a changé son code du statut personnel en 2004 n’a pas pu interdire la polygamie. Il a juste interdit la répudiation en instaurant le divorce judiciaire. Les préceptes de l’islam sont ainsi protégés et les forces conservatrices au sein de la société ménagées.

La Tunisie avant-gardiste ne l’était pas suffisamment aux yeux des féministes et progressistes de façon générale. L’égalité des droits était loin d’être acquise et le combat demeurait donc long.

C’est en 1973 que le ministère de la justice tunisien publia un texte pour interdire le mariage d’une tunisienne avec un non-musulman. Le texte parle de la «sauvegarde de l’originalité islamique de la famille tunisienne » et donc la nécessité d’« éloigner tous les côtés négatifs de l’Occident ». Il y avait toutefois dans les faits des ambiguïtés.

La « transcription » a posteriori dans l’état civil local d’un mariage mixte célébré en France pouvait ainsi bénéficier d’une attention bienveillante de la part de certains fonctionnaires ou juges, notamment en raison d’une convention bilatérale franco-tunisienne. Aussi, la circulaire de 1973 pouvait-elle être contournée à la marge. Si certaines unions ont été reconnues, de nombreuses se sont toutefois heurtées au refus des officiers d’état civil. La seule manière de surmonter l’obstacle était la conversion à l’islam du conjoint. Depuis 2011, environ 6 200 conversions ont été enregistrées en Tunisie sans qu’il soit possible de connaître la proportion de celles-ci motivées par un mariage.

L’abrogation du texte de 1973 a toujours été demandée par les associations féminines. Elle a été vigoureusement remise au- devant de la scène depuis la Constitution de 2014. Cette dernière instituait le principe d’égalité or les hommes tunisiens disposent du droit de se marier avec une non-musulmane.

Le texte de 1973 ne respecte pas par ailleurs le principe de liberté de conscience.

Le Président Essebsi répond donc aux doléances des progressistes et modernistes, ce qui est un très bon point pour lui.

Reste le débat sur l’égalité dans l’héritage. Ce sera certainement plus compliqué puisqu’il s’agira de modifier des lois de la charia. L’actuelle législation, fidèle aux préceptes du Coran, établit que la femme hérite de la moitié de la part de l’homme du même degré de parenté. Le garçon hérite donc deux fois plus que la fille. Selon une enquête réalisée fin août par le cercle de réflexion Joussour, 82 % des personnes interrogées estiment que le dossier de la succession est « une question sacrée que le Coran a déjà tranchée ». Mais les progressistes, dont le Président, ne l’entendent pas ainsi. Les préceptes du Coran peuvent être modifiés et cela s’appelle l’ijtihad.

Le Maroc est beaucoup plus frileux sur la question. Pourtant, le débat sur l’égalité successorale est lancé et plusieurs conférences ont été organisées autour du sujet. Féministes et progressistes demandent à ce que cette égalité soit instaurée, évoquant le fait que les lois sont détournées.

Le débat ne fait que commencer, parfois sur fonds de calcul politicien, mais l’essentiel est de faire progresser les droits des femmes.

Leila Amiri


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