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Élections: les Burkinabés veulent tourner la page

Élections: les Burkinabés veulent tourner la page

26 novembre, 2015

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Reportées il y a moins de 2 mois pour cause de coup d’État, les élections présidentielle et législatives se tiennent ce dimanche. Pour les Burkinabés, l’heure des choix a sonné.

 

Après plus de 27 ans de règne de Blaise Compaoré, le pays se prépare à élire un nouveau président dans un contexte sécuritaire toujours fragile. 17 heures : l’heure de la descente comme disent les Burkinabés, c’est-à-dire l’heure de sortie des bureaux. L’avenue Charles-de-Gaulle grouille de voitures et de motos lorsqu’un cortège d’une trentaine de véhicules force le passage, dans un vacarme de musique et de klaxons. Debout sur leurs deux-roues des militants appellent à voter pour leur candidat.

Candidats, « battez campagne ! »
Depuis 3 semaines, date de début de la campagne électorale, chacun rivalise d’originalité pour se faire remarquer. Près de la place de la Révolution, des hommes à cheval scandent « MPP ! MPP ! » le nom du parti de Roch Marc Christian Kaboré. Les affiches sont placardées sur les murs, les panneaux publicitaires, les boutiques et même les ânes. La loi électorale était claire : les gadgets sont interdits, une première dans l’histoire. Fini les tee-shirts et pagnes à l’effigie des partis et des candidats, fini la distribution de stylos, de stickers, et surtout interdiction formelle de donner des « gombos « , comprenez de l’argent, du nom de ce légume qu’on utilise pour épaissir les sauces. L’objectif de ces mesures étant de mettre les candidats au même niveau, qu’ils soient indépendants ou dans des partis importants. Aux abords du stade municipal, Tahirou est confiant : « Nous n’avons jamais eu d’élections transparentes, c’était toujours biaisé avec des urnes qu’on déplaçait, des bureaux de vote où il n’y avait pas d’autre parti que le parti au pouvoir. Cette fois c’est différent. » Dimanche, les Burkinabés sont appelés à voter deux fois. D’une part, ils doivent élire les 127 députés qui siégeront à l’Assemblée nationale, d’autre part, ils doivent choisir qui sera le nouveau résident de Kossyam, le palais présidentiel. Parmi les 14 candidats, aucun du CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès), le parti du chef d’état déchu Blaise Compaoré. La candidature d’Eddie Komboïgo a été invalidée par le Conseil constitutionnel au motif qu’il a participé à la volonté de l’ancien président de modifier la Constitution pour se maintenir au pouvoir.

Les Burkinabés veulent tourner la page
Dans les sondages, deux candidats se détachent : Zéphirin Diabré dit « Zeph » de l’UPC (Union pour le progrès et le changement), opposant historique de Blaise Compaoré, et Roch Marc Christian Kaboré du MPP (Mouvement du peuple pour le progrès), économiste de formation, ancien Premier ministre et président de l’Assemblée nationale sous l’ère Compaoré. « Ce sont les mêmes qu’avant, s’insurge Abou dans son kiosque, pas de MPP non, Blaise et lui c’est pareil ! » Dans les sondages, « Roch » est pourtant en tête, mais pas assez pour gagner dès le premier tour. C’est là tout le suspense de cette présidentielle, si second tour il doit y avoir, il ne lui serait pas favorable, les alliances se porteraient sur son concurrent Zéphirin Diabré. Y aura-t-il un second tour ? C’est la question que tout le monde se pose ici. Autre originalité : pour la première fois depuis plus de 30 ans, les candidats sont des civils et pas des militaires.

La génération Compaoré
Dans son pagne mauve près du corps, Esther sourit. Cette ménagère de 28 ans n’a toujours connu qu’un seul et même président : Blaise Compaoré. « C’est la première fois de ma vie que je vais voter. Je veux le changement pour mon pays et je veux aller choisir moi-même mon président. Ce ne sera pas un président élu par la force. » Malgré le coup d’État du 16 septembre dernier, le gouvernement de transition s’est dépêché de reprogrammer des élections avant la fin d’année. La sortie de crise du pays semble donc en bonne voie. Officiellement, oui.

Un risque sécuritaire bien réel
Mais en coulisses, on reste méfiants. La crainte principale envisagée, ce sont les débordements le jour du vote ou quelques heures après de la part de militants qui se proclameraient gagnants avant même la parution des résultats. De source militaire, on redoute aussi l’arrivée d’éléments venus de Côte d’Ivoire pour perturber le processus électoral. Comment ? On ne le dit pas « mais la menace est sérieuse. » Les contrôles de police sont renforcés depuis plusieurs jours, les patrouilles aux frontières également. La menace terroriste du Mali voisin est évidemment présente et pourrait fragiliser le territoire. Le Burkina Faso veut servir d’exemple. Être le pays qui a réussi à chasser un président qui voulait se maintenir au pouvoir bon gré mal gré, un pays qui s’est battu contre un coup d’État et qui en sortira avec des élections libres et crédibles. Plus de 16 000 observateurs nationaux et internationaux seront déployés sur tout le territoire.

La victoire de tout un peuple

Un numéro vert a été mis en place pour signaler toute corruption électorale. La société civile elle aussi fait la sentinelle. « Après ta révolte, ton vote », c’est le slogan du Balai citoyen, cette organisation civile présente dans tous les mouvements pro-démocratiques. Une caravane a parcouru plusieurs villes du pays pour inciter les habitants à voter. Elle les enjoint également à rester lors du dépouillement, la loi l’autorise, afin d’éviter les fraudes, le tout dans le calme. « Vous observez seulement, prévient Sam’s K le Jah, l’un des leaders du mouvement. Vous prenez des photos et si vous constatez un problème vous n’intervenez pas personnellement, vous le signalez. » Même consigne de la part du porte-parole du Balai citoyen, Me Guy Hervé Kam : « Le contexte est tellement fragile que s’il y a la moindre tentative de fraude, ça peut dégénérer. » De son côté, la Ceni, la Commission électorale nationale indépendante, s’est engagée à publier sur son site les procès verbaux de chaque bureau de vote, dès qu’ils seront signés. Rassurer les électeurs, c’est le maître mot de cette campagne. Reste une inconnue : la participation. Le taux est généralement bas au Burkina Faso. Ces élections vont-elles changer la donne ? Réponse dimanche.

Le Point.fr


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