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Exclusif : Entretien avec Anouar Kbibech, Président du Conseil Français du Culte Musulman

Exclusif : Entretien avec Anouar Kbibech, Président du Conseil Français du Culte Musulman

24 juillet, 2015

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      « Le CFCM veut combattre les extrémismes et dissiper les amalgames »

        

 

Anouar Kbibech, qui vient de prendre la présidence du Conseil Français du Culte Musulman le 1er juillet dernier, entend s’attaquer à l’amélioration de l’islam en France. Cette mission, qu’il juge prioritaire, demandera l’installation de Collège de Jeunes et de Femmes. Ces deux dernières composantes sont quasiment absentes des instances actuelles. Mais il aura aussi pour tâche de faire revivre une instance en mal de représentativité et de communication ? Dans un entretien exclusif, il nous livre sa vision des choses et surtout ses chantiers prioritaires.

BM Magazine : Vous arrivez à la présidence du CFCM dans un contexte très particulier et difficile. Il y a forcément des chantiers prioritaires pour vous. Quels sont-ils ?

Anouar Kbibech : Il est vrai que la conjoncture est très difficile aussi bien sur le plan externe qu’interne. Au niveau externe, et pour ne parler que des très récents événements, la décapitation d’un citoyen français, pour la première fois sur le territoire national ternit considérablement l’image de l’islam et des musulmans en France. Cela s’est passé presque simultanément avec les attentats de Sousse en Tunisie et du Koweit. L’actualité au Moyen-Orient avec, notamment, l’apparition de l’Etat Islamique a également des répercussions très négatives sur l’image de l’islam.
Tout cela pour dire qu’une de nos premières actions consiste à identifier les moyens et les actions qui nous permettront de ne plus faire d’amalgame et de bien faire la différence entre les vraies valeurs de l’islam et les exactions que ces groupuscules commentent au nom de la religion. Cela doit s’accompagner d’un travail pédagogique réalisé en profondeur au sein de la société. Par ailleurs, la radicalisation de certains jeunes est un phénomène de plus en plus inquiétant . Il faut rappeler que l’on dénombre près de 2.000 jeunes français qui ont rejoint Daesh. Le défi aujourd’hui est de sensibiliser ces jeunes au danger que représentent ces thèses extrémistes. Les réseaux sociaux sont un de nos meilleurs outils pour cette sensibilisation. Il s’agit de développer un discours alternatif au discours radical. C’est un travail en profondeur qu’il faut faire car il s’agit de démonter point par point l’argumentaire théologique utilisé par les thèses extrémistes. Nous allons par ailleurs créer un « Conseil Théologique » de France (Majliss Ilmi) qui regroupera l’ensemble des sensibilités de l’islam de France. Là encore, l’objectif est de mettre en œuvre une réflexion et des actions pour un renouveau de la pensée islamique et de la pratique religieuse, ainsi que l’amélioration de l’image de l’islam en France. Enfin, nous allons nous pencher sur la « Charte Halal » pour constituer un véritable référentiel pour tous les acteurs de la filière Halal et définir toutes les conditions nécessaires pour le respect de l’abattage rituel Halal.

– Le CFCM souffre d’un énorme déficit d’image…

C’est le deuxième volet de ma réponse. Effectivement, nous devons améliorer l’image du CFCM mais aussi sa représentativité. Cela figure d’ailleurs dans les propositions discutées au sein du bureau du CFCM. Il y a actuellement très peu de jeunes et presque pas de femmes dans les instances représentatives du Conseil. C’est cela qu’il faut changer. A titre d’exemple, il n’y a aucune femme à l’assemblée générale du CFCM. Une des propositions consiste à créer un « Collège de Femmes » et un « Collège de Jeunes » adossés au CFCM avec lesquels nous travaillerons et nous nous concerterons sur toutes les questions de l’heure qui concernent l’islam et l’évolution de la société en général. A côté de cela, il faudra améliorer la communication au sein du CFCM. Malgré son jeune âge, le CFCM a démontré qu’il avait un véritable « savoir-faire » concernant les questions relatives à la pratique du culte musulman en France religion mais cela n’a pas toujours été accompagné d’un « faire savoir » et d’une communication suffisante auprès des communautés musulmanes. Cette communication passera notamment par internet et par l’investissement des réseaux sociaux. Nous allons donc rénover notre site internet et assurer une présence, notamment sur facebook et sur tweeter. Le CFCM se doit aussi d’être plus présent dans les médias français, dans les débats relatifs à la société et à l’islam. Il faudra également que le Conseil crée lui-même des événements et sache communiquer autour.

On a longtemps parlé d’une rivalité Maroc-Algérie au sein du Conseil. Elle existe toujours ?

Un des grands succès du CFCM est d’avoir rassemblé autour d’une même table plusieurs sensibilités de l’Islam de France. Il y a pu y avoir une certaine rivalité au moment de la création du Conseil mais, depuis, les composantes du CFCM elles ont appris à travailler ensemble notamment grâce à la mise en place d’un système de Présidence collégiale et tournante. Ces rivalités sont aujourd’hui derrière nous. J’en veux pour preuve le climat d’apaisement et de sérénité dans lequel a eu lieu la passation des pouvoirs entre mon prédécesseur Dalil Boubakeur et moi-même le 1er juillet dernier.

– Et la culture du dialogue, ce sera une priorité aussi ?

La culture du dialogue est inscrite dans les gênes du CFCM de part même ses objectifs : dialogue avec les pouvoirs publics, dialogue avec les mosquées et les lieux de cultes, dialogue avec les religions, …etc. Bien entendu notre objectif est de poursuivre et de développer ce dialogue . Il a toujours été de mise mais là encore, il y a un manque d’initiatives visibles. Il faut se donner les moyens humains et financiers pour le faire.

– Disposez-vous d’un rôle à jouer dans le formation des imams. Eux aussi véhiculent un discours qu’il est important de contrôler…

 Au Rassemblement des Musulmans de France que je préside toujours, nous avions recensé les besoins de la communauté musulmane d’origine marocaine en France et nous avions constaté que le besoin au niveau de l’encadrement religieux était grand. Nous avions alors à l’époque estimé que nous avions besoin de150 imams. Nous avions également dénombré plus de 50 projets de construction de mosquées. Pour répondre à ces besoins criants, nous avions trouvé une grande écoute de la part du Royaume du Maroc à travers le Ministère des Habous et des Affaires Islamiques. Aujourd’hui, il s’agit de s’atteler à la formation d’imams franco-français, qui maitrisent la langue française et qui sont rompus aux us et coutumes françaises. La coopération avec « l’Institut Mohammed VI pour la Formation des Imams et des Morchidates » est d’une extrême importance. Le Maroc est devenu une référence en la matière et nous souhaitons qu’il nous fasse bénéficier de son savoir-faire éclairé et moderne en matière d’encadrement religieux et de formation des Imams.

 Par Amale DAOUD


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