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Grece-UE : Le clach entre le marché et la démocratie

Grece-UE : Le clach entre le marché et la démocratie

4 juillet, 2015

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Nul n’est sensé ignorer la loi…de la jungle ! La confrontation entre la Grèce gouvernée par la gauche radicale et l’Union européenne est enceinte d’une somme d’enseignements qu’on aurait tort de négliger. Je n’en retiens que le plus important, qui a trait à l’orthodoxie financière imposée par le marché. Il est maintenant clair qu’aucune démocratie occidentale ne peut prétendre que la loi des urnes puisse y prévaloir sur celle du marché. En d’autres termes, les hommes politiques y ont perdu le « pouvoir de dire oui »…ou non d’ailleurs, quant au destin socioéconomique des peuples qu’ils encadrent et administrent. Il y a là un retournement radical des valeurs démocratiques inspirées –quel paradoxe !- par la Grèce antique et formalisées par les différentes constitutions et autres déclarations des droits humains occidentales. Retournement ? Plutôt le dévoiement spectaculaire de l’incontournable démocratie que le marché place aujourd’hui dans une difficultueuse quadrature du cercle !

Car, par les voies les plus autorisées au sein de l’Union européenne, le suffrage universel auquel le nouveau premier ministre grec a invité ses concitoyens a été copieusement méprisé, moqué et même considéré comme une entreprise de chantage par certains, tel le bouillant Sarkozy.

En réalité, dès le début de l’année 2008, lorsque l’actuelle crise financière naquit à la suite de l’intoxication de l’économie américaine par les subprimes, j’écrivis : « Aujourd’hui, la situation est différente de celles de 1929, 1973, 1990…Nous devons nous attendre à une crise mondiale qui sera à la fois sévère, durable, et dont la fin sera pour le moins incertaine » J’ai eu, bien malheureusement, raison d’affirmer une telle « certitude de l’incertitude ».

Aujourd’hui, nous constatons un élément nouveau venu tout droit de cette difficultueuse alchimie du monde : nous assistons, en effet, à la première et, peut-être, la plus grave confrontation entre la démocratie et le marché depuis la naissance du capitalisme moderne au XIXème siècle, sinon du capitalisme tout court au XIVème siècle. Ces deux éléments constitutifs de la modernité, jusqu’à hier siamois, viennent non seulement de se couper l’un de l’autre sous nos yeux terrifiés, mais également de se livrer à un affrontement socialement dévastateur au sein de la zone euro. Le marché a ainsi révélé ses raisons spéculatives que la raison démocratique peine non seulement à combattre, par exemple institutionnellement, mais simplement à comprendre. Chasser la spéculation à la demande des peuples, revient quasi-mécaniquement à voir les capitaux s’enfuir au galop vers des coffres moralement peu regardants. Les classes moyennes et les couches modestes des sociétés occidentales encaissent les coups assénés par la financiarisation de l’économie, sans que les systèmes politiques issus des urnes puissent grand chose pour endiguer l’appétit de la spéculation boursière et bancaire.

Si l’issue du bras de fer actuel entre la Grèce et Union européenne se solde par la suprématie du suffrage universel sur les a priori financiers rigoristes de Bruxelles, elle ferait date et constituerait un motif d’inspiration pour les démocraties occidentales. Si cette issue conforte les « ayatollahs » de l’UE, alors la démocratie serait réduite à un jeu sans ressorts, sans emprise sur les réalités et, in fine, sans existence réelle véritable crédible. Là est l’enjeu majeur de la confrontation gréco-européenne !

Abdessamad Mouhieddine


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