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HOMMAGE/ MOHAMED KOUAM : UN GRAND PATRIOTE NOUS QUITTE

HOMMAGE/ MOHAMED KOUAM : UN GRAND PATRIOTE NOUS QUITTE

23 juin, 2016

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Il a livré son dernier combat contre la maladie. Il est parti au début de ce mois sacré. Toute son existence durant, feu Mohamed Kouam s’est battu pour la cause du savoir et de la culture. Chronique d’une vie mise au service de la dignité et du rayonnement du Maroc.

 

Unknown

Avant tout, Mohamed Kouam n’avait rien à prouver quant à sa formation et son parcours. Ingénieur de génie civil, il obtint son doctorat en mécanique. Après un court passage dans le secteur privé, il intégra l’Ecole Mohammedia des ingénieurs (EMI) en qualité de professeur-chercheur. Il fut appelé auparavant à l’ONE pour y assurer le suivi des grandes projets. Il sera nommé directeur des études à l’EMI. Taïeb Chkili, alors ministre, l’appela pour lui confier un chantier des plus innovants : initier des facultés de sciences et techniques. Rien que cela ! Il s’y engagea résolument et put ainsi établir des « joint-ventures » abouties entre les écoles d’ingénieurs et les universités. Il dirigera d’ailleurs lui-même la Faculté des sciences et techniques de Settat dont il fut d’ailleurs le doyen de 1992 à 1997. Il enchaînera à Mohammedia, jusqu’en 2002, au poste de doyen de la Faculté du même nom qui y a été édifiée. Arrive alors, en cette année 2002, un appel d’offres destiné au recrutement de présidents d’universités. Il y postula et sera retenu (parmi trente-six prétendants !) par la commission nationale instaurée à cet effet. Il est alors nommé président de l’Université Abou Chouaïb Doukkali d’El Jadida. C’est là que le talent édificateur de l’homme trouva toute sa latitude créative. Jugeons-en : Au sein de cette université, il n’y avait que deux orphelines facultés, l’une vouée aux lettres et l’autre aux sciences. Grâce à sa force de conviction et à la collaboration des autorités locales et nationales, il mit en place une cascade d’institutions qui viendront enrichir l’offre universitaire en pays Doukkala. Emergèrent ainsi l’Ecole nationale de commerce et de gestion, une faculté polydisciplinaire (économie, droit), l’Ecole nationale de sciences appliquées et le projet d’une école de sciences et techniques qui verra le jour à Sidi Bennour. L’Ecole nationale des sciences appliquées offre la mesure du talent volontariste et imaginatif de l’homme. En effet, sur le site du fameux pénitencier d’Al Âdar qui occupe pas moins de 1500 hectares, M.Kouam put obtenir, grâce à l’appui personnel du Roi Mohammed VI, la libération de cinquante hectares destinés à cette grande école. Plus généralement, le président de l’Université doukkalie a frappé à toutes les portes (élus, autorités territoriales, responsables étatiques…etc.) pour faire aboutir les projets qu’il voulait ardemment voir réalisés au sein de l’institution qu’il dirigeait. Une équipée quasiment sacerdotale quand on sait à quel point notre administration peut être frappée du mal bureaucratique. Au terme des deux mandats autorisés, ainsi voués à l’édification universitaire, Mohamed Kouam quitta El Jadida en 2011. Il fut alors appelé à rejoindre le cabinet du ministre Lahcen Daoudi où il officia durant huit mois.

La Fondation MDM , une plateforme phare du rayonnement marocain en France

En septembre 2012, il fut détaché au ministère des affaires étrangères pour occuper le poste de directeur de la Fondation MDM. Au sein de cette institution, il a travaillé à la tête d’une équipe ramassée et compétente où s’illustre notamment M. Mohamed Badiche, le responsable des activités culturelles. La grande priorité pour le défunt directeur de la MDM était le rayonnement de l’Institution. Une ambition qu’il considérait comme un devoir patriotique. Jusqu’ici, en effet, ce haut lieu de la présence marocaine à Paris se cantonnait dans le seul hébergement. « Il est temps d’en faire une plateforme phare du rayonnement marocain en France », affirmait-il. Aussi, dès son arrivée, M.Kouam avait-il lancé une riche programmation intégrant conférences, présentations de livres, expositions, spectacles, lectures de poésie…etc. Un véritable centre culturel marocain au cœur de la Ville des Lumières ! On retiendra le succès rapide des « Mardis de la Maison du Maroc » où, chaque premier mardi du mois, un éminent conférencier vient transmettre son savoir et échanger avec un public de plus en plus nombreux. C’est ainsi que des Jack Lang, Abdallah Saaf, Eric Geoffroy, Anis Birou, Ahmed Jebbar, Alain Gresh, Mohamed Tozi, Najib Akesbi, Mostafa Bouaziz, Ali Benmakhlouf et beaucoup d’autres éminents écrivains, responsables, chercheurs et leaders purent livrer leur savoir ou s’apprêtent à le faire au sein de la MDM. A l’instar d’Abdellatif Laâbi, des poètes ont pu gratifier le public de leur production. Des artistes, tel Nouamane Lahlou, le groupe historique Lemchahab, plusieurs troupes de théâtre…ont pu se produire sur la belle scène édifiée à la faveur de la magnifique rénovation des lieux. Un public de plus en plus diversifié et des thématiques ouvertes. Le pari est, d’ores et déjà, gagné. Il faut dire que le regretté ex-directeur n’avait rien d’un fonctionnaire rompu aux pulsions bureaucratiques. Il venait du monde universitaire où il avait fait montre d’ingéniosité et de volontarisme. En vérité, feu Mohamed Kouam offre un profil assez rare où le volontarisme, le goût de l’excellence et le sens du défi se sont donnés rendez-vous. « Il n’y a, en fait, aucune exceptionnalité dans ma démarche. Je fais juste mon devoir de responsable et de citoyen », m’avait affirmé le regretté Mohamed Kouam. Une modestie à toute épreuve, vous dis-je. Paix à l’âme de cet être qui était habité par le souci de la dignité et du rayonnement de notre pays !

   Par : Abdessamad MOUHIEDDINE


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