Invitée à l'une des tables rondes de la 18e édition des rencontres d'Averroes à Marseille, organisées à l'initiative d'espace culture autour du thème de "l'islam et l'Europe: liberté ou peur?", Farida Belkacem, chercheur à l'IRIS, française d'origine marocaine s'exprime sur les difficultés des islams d'Europe, particulièrement celui de France. Elle répond aux questions de bled.ma.
1/Vous vous positionnez en tant que défenseur de l'islam. Dans le contexte européen actuel, cela doit être bien difficile?
- Je plaide simplement pour que cessent les représentations schématiques à l'égard des Musulmans de France et d'Europe en général.
Ils sont en effet loin de former un bloc homogène, même s'ils sont pour la plupart "issus de l'immigration". Outre les différences de rapport au religieux selon le pays d'origine et celui d'accueil ou de naissance,les relations à l'islam parmi les
personnes d'origine musulmane sont très diverses. Croyants et pratiquants, croyants, non croyants etc., les cas de figure sont multiples. Si certaines personnes très visiblement se rapprochent de
l’islam, on doit aussi s'intéresser à d'autres évolutions, plus silencieuses: l'éloignement, voire l'abandon de la religion par exemple.
2/Le problème de la représentativité de l'ensemble des musulmans au sein d'une même structure est compliqué. Or, cette représentativité s'avère nécessaire. Comment résoudre cette équation?
- L’extrême diversité des approches de l'islam en Europe fait justement la difficulté de la représentativité. Sur des questions très
concrètes (éducation, nourriture, cimetières musulmans etc.), il est bien compliqué d'affirmer que les Musulmans veulent ceci ou cela.
Je pense à titre personnel qu'il est périlleux de laisser certaines personnes s'exprimer "au nom des Musulmans".
Sur ces questions, il faut à mon sens privilégier le niveau local qui permet les compromis et les avancées.
En France notamment mais également ailleurs en Europe, lorsque l'Etat veut "dialoguer "avec ses "communautés" musulmanes, c'est trop souvent dans une perspective sécuritaire...
3/En définitive, est-ce l'islam qui doit s'adapter à l'Europe ou le contraire?
- Encore une fois, nous parlons d'individus. Les situations sont évidemment très diverses en Europe.
Prenons la France, avec une jeune génération de citoyens Français musulmans, je ne crois pas que le débat doive se poser en ces termes.
Le fait d'être né et éduqué sur le territoire français, et d'être par ailleurs musulman, implique parfois certaines concessions à l'une ou l'autre des composantes de son identité (identité qui
d’ailleurs possède de nombreuses autres facettes que celles de Français et de musulman).
Ces "négociations personnelles" se font plus ou moins facilement, selon le contexte familial, l'éducation, l'accès au travail etc. N'oublions
pas les questions sociales qui restent fondamentales pour comprendre l'état de nos
sociétés aujourd'hui. Ce n'est donc pas tant une histoire d'"islam et d'Europe" que
d'individus qui incarnent des identités nouvelles et forcément complexes. C'est en observant ces mêmes individus que l'on s'aperçoit
que pour leur grande majorité le chemin de l'adaptation est d'ores et déjà parcouru.
Propos recueillis pas A.D