Dossier spécial

Khalil Marroun, Un marocain messager de la paix

Ajouté le vendredi 23 Mars 2007

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Le recteur de la mosquée d’Evry, Khalil Marroun, figure médiatisée du culte musulman en France, est aussi un fervent militant du rapprochement des cultures. L’homme est aussi politiquement ambitieux et les prochaines élections marocaines ne le laissent guère indifférent.

Evry, banlieue parisienne. Ce matin, il est 11 heures et les jeunes du quartier se sont déjà rassemblés au café du coin. Les temps ne sont pas au beau fixe et le chômage bat son plein. Il n’y a plus rien à faire ou presque. La mosquée du quartier, réputée pour être une des plus grandes de la région, une des plus fréquentées aussi, a les portes encore closes.

Elles ne s’ouvriront qu’une heure plus tard pour accueillir les «fidèles» chaque mois de plus en plus nombreux. Le recteur de la mosquée, Khalil Marroun, figure très médiatisée du culte musulman français dont il est membre, est fier. Fier de son fief, des adeptes qu’il rassemble autour des prêches du vendredi, mais surtout de la récente tournée qu’il vient d’achever dans son pays d’origine, le Maroc, avec plusieurs membres de la communauté sépharade de France.

Un périple de sept jours de Casablanca à Sebta, sa ville natale, en allant jusqu’a Ben Ahmed, à quelques kilomètres de Settat où se trouve un des plus réputés saints de la religion juive. Khalil Marroun préfère parler de dialogue des messages plutôt que de dialogue des religions. «En parlant de dialogue des religions, on exclut systématiquement l’islam puisqu’elle n’est pas reconnue par les autres confessions or je préfère que tout le monde soit sur le même pied d’égalité», précise ce recteur devenu «messager de la paix» depuis les sanglantes émeutes de novembre 2005. Les émeutes, qui n’ont pourtant, pour lui, rien de «religieux» mais sont l’expression d’un malaise profond d’origine sociale et économique, ont marqué un tournant décisif dans l’approche gouvernementale de l’exclusion. «Les émeutes couvaient depuis la marche des beurs pour l’égalité des chances il y a presque 30 ans , inutile de vouloir faire comprendre autre chose».

L’Imam, ne veut plus de ces amalgames faits entre islam, chômage, extrêmisme, fondamentalisme ou encore kamikazes... «C’est pour montrer le vrai visage de l’islam, celui d’une religion tolérante et ouverte que nous avons choisi de faire ce voyage au Maroc». La récente fatwa des oulémas concernant les morchidates est particulièrement applaudie. «Le Maroc a été précurseur dans plusieurs domaines dans le monde arabomusulman. Je pense également à l’IER ou encore à la moudawana». Dans les banlieues, les perceptions diffèrent. A la délinquance et la dérive s’oppose l’extrêmisme, un rempart contre la «débauche occidentale». Certains avancent même qu’un pacte aurait été passé entre les autorités françaises et les mosquées pour un «retour au calme».

L’idée n’est pas rejetée par Khalil Marroun. «Les politiques ont compris que l’islam était une religion de sagesse et de paix et qu’elle était indispensable pour ramener ces jeunes vers le droit chemin». Explication trop simpliste? En tout cas, certainement caricaturale.Le recteur, qui précise qu’il ne s’agit pas de tous les politiques, parle surtout de communication adéquate, de choix des mots pour faire passer le plus grand nombre de messages auprès du plus large public. Un public submergé d’images négatives véhiculées par des médias en quête de sensationnalisme ou par manque d’investigation tout court. «A toute chose malheur est bon. Heureusement qu’il y a eu les événements de novembre pour mettre à jour les ratés de la politique française. Nous avons vécu trop longtemps une religion cachée, obscure. Nous pouvons enfin en parler, l’expliquer voire l’expliciter.» Mais Marroun est également un politique. Jeux de mots, allusions, déclarations : le recteur d’Evry est connu pour ses accointances avec certaines mouvances de l’UMP, son opposition à Dalil Boubaker, l’Algérien recteur de la mosquée de Paris et surtout ses ambitions politiques. Et même s’il s’en défend, déclare ne pas vouloir faire de la politique mais souhaiter «contribuer à l’essor de son pays», aucune ambiguité ne subsiste.

Aux prochaines élections législatives marocaines, il souhaiterait que les CME (Citoyens marocains de l’étranger), un terme qu’il préfère aux MRE (Marocains résidents à l’étranger), participent. «Il faut cesser la magouille, ne plus acheter les voies, laisser la place à une véritable démocratie».Il est aussi contre les «micro-partis» et préfère les grandes tendances. Les partis marocains ont déjà entamé leur grand-messe dans la région. A la mosquée, Kadiri du PND, Daoudi du PJD et d’autres se sont déjà succédé pour charmer les fidèles.
Ce sera probablement autour des mosquées que se fera l’essentiel des campagnes électorales marocaines. Mais il faudra encore attendre la participation des MRE aux élections, ce n’est pas pour 2007. Même la composition du Conseil supérieur des MRE, une instance ardemment attendue dans les milieux à l’étranger n’est pas définie.

Le «financeur» Dassault

C’est Serge Dassault, le maire de Corbeille Essonnes, département de l’Ile de France, qui a financé le voyage de dix jeunes au Maroc, en compagnie de Khalil Marroun et du président de l’association des sépharades de France, Simon Hamida. Dassault finance de nombreuses activités de ressortissants maghrébins de la région. L’an dernier, c’est lui qui a permis l’organisation de la fantasia. C’est aussi lui qui a subventionné la mosquée Salam dans l’Essonnes. Le véritable moteur des actions menées par le grand industriel se trouverait dans l’acquisition d’une partie de l’électorat d’origine maghrébine.

Les origines d’une mauvaise perception de l’islam

Pourquoi l’opinion française a-t-elle une image négative sur l’islam ? pour Marroun, l’explication tiendrait à la coincidence historique entre ce qu’il appelle l’éveil islamique et la révolution iranienne. «C’est au début des années 80 que tout a commencé en France. Or, à cette même époque, Khomeini triomphait en Iran. Les médias ont rapidement véhiculé des clichés négatifs sur l’islam, sans différencier entre les sociétés ou même voir ce qui se passe ailleurs, comme au Maroc».

La Mosquée d’Evry au cœur d’un conflit juridique

Un conflit oppose l’actuel recteur de la mosquée d’Evry à la ligue mondiale islamique . La propriété de la mosquée a été léguée, il y a plusieurs années, à la ligue pour éviter toute appropriation personnelle. Mais les responsables de la Ligue ne semblent pas être du même courant que le recteur qui souhaite «passer la main en ayant une mosquée saine».

Soraya SAAD

 

 

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