Dossier spécial

La Force d’intégration de la France décline

Ajouté le samedi 2 Décembre 2006

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Logement, travail, école, tous les indicateurs de l’intégration de la population immigrée virent au rouge. La France a perdu le grand pari du siècle : réussir à intégrer les étrangers vivant sur son sol.

Dans un passé plus ou moins proche, il était de bon ton d’exalter les vertus intégratives, voire assimilatrices de la France .C’est ainsi que Paul Vidal de la Bache (1845-1918) pouvait se réjouir de ce que ce pays «oppose aux diversités qui l’assiègent et la pénètrent sa force d’assimilation. Il transforme ce qu’il reçoit. Les contrastes s’y atténuent, les invasions s’y éteignent». Plusieurs décennies plus tard, Frédéric Ferney, dans son ouvrage «Eloge de la France immobile» (François Bourin, 1992) fit écho à cette assertion, en soutenant que le métier de la France était de «donner autant que de recevoir» et de si bien absorber la diversité qu’elle en tirait des « modèles pour tous ». A l’époque où le livre a été publié , on entretenait encore quelques illusions sur la force d’intégration de la France. Au discours nauséabond de Le Pen, on opposait une rhétorique du bien . A long terme , assurait-on, l’intégration de trois ou quatre millions d’étrangers se ferait contre vents et marées, comme elle s’était faite par le passé, avec les Polonais, les Italiens, les Espagnols, les Portugais …

La Cour des Comptes pointe l’incurie de l’Etat français en matière d’immigration.

À cela, un obstacle surmontable, le racisme, qu’on se mit à combattre par de grandes manifestations de solidarité, celle de la «Marche pour l’égalité, en 1985, celles, répétitives, de SOS Racisme, celle des chanteurs, des comédiens et des intellectueles. Contre les croisés de l’exclusion, on a déployé l’étendard de la soft-morale et toute une jeunesse a suivi dans un déluge de décibels. Ce fut œuvre utile : sans cette protestation en grand apparat, on aurait pu croire, à un moment, que la France allait glisser vers l’intolérance. Ce fut œuvre vaine : très vite, on a constaté que les bons sentiments ne suffisaient pas. Aujourd’hui, l’optimisme qui sous-tendait le vieux discours antiraciste a pris du plomb dans l’aile. La France a définitivement raté l’intégration.
A qui faire endosser la responsabilité de cet échec aux incidences fâcheuses ? Jean Daniel, dans un éditorial (cf . Nouvel Observateur du 20 janvier 2005) fournit un élément de réponse.
«Aujourd’hui, l’intégration est en procès.
L’emploi même de ce mot est jugé suspect. Et la éférence à son principe vous rejette dans les archaïsmes de la laïcité jacobine. Les immigrés, porteurs d’une culture qui leur est propre, n’auraient pas à s’intégrer dans une société qui a existé avant eux. Nés chez nous, ils seraient les élements constitutif d’une société qu’ils peuvent, comme tous les citoyens, faire évoluer . Ce serait la disparition d’une certaine France…» Cette affirmation inquiète suscite deux remarques . Il en résulte que c’est à cause de leur attachement indéfectible à leur culture que les migrants. ne seraient pas intégrables. Cela revient à confondre assimilation et intégration. Celle-ci, à la différence de celle-là, ne commande pas de faire table rase de ses racines pour vivre en harmonie avec la société d’accueil, pourvu que ses valeurs soient respectées.
Jamel Debbouz, Zineddine Zidane, Abdelatif Benazzi, et toute une flopée de beurs, issues de la marge et pourtant montés au ciel , sont considérés comme des modèles de l’intégration parfaite . Ils n’ont jamais renié leurs origines. Dans le même numéro du Nouvel Observateur, l’ancien capitaine de l’équipe de France de rugby, dont le père est marocain, la mère algérienne, et la femme chrétienne alors qu’il est musulman, certifie qu’il n’est pas déchiré entre toutes ces cultures et ces confessions : « Partagé, enrichi, mais pas déchiré. Mon grand-père me disait : «Là où tu trouves ton bien-être et ton pain, là est ton pays» Je n’ai jamais renié mes origines et j’ai toujours fait cohabiter les cultures. J’ai ainsi participé à toutes les troisièmes mi-temps sans jamais boire une goutte d’alcool !»
La seconde remarque pointe la tendance de Jean Daniel à faire porter le chapeau de leur déficit d’intégration aux seuls immigrés. Grossière erreur rectifiée par un rapport de la Cour des Comptes française, rendu public le 24 novembre 2004 . Portant le titre « L’accueil des immigrants et l’intégration des populations issues de l’immigration », et s’étalant sur 600 pages, ce rapport est un véritable pavé dans la mare de l’Etat français. Selon les magistrats de la Cour des Comptes, les pouvoirs publics n’ont jamais abordé frontalement les problèmes liés à l’immigration. Malgré les signaux d’alarme, ils ont estimé que l’intégration allait s’imposer fatalement, sans qu’il soit nécessaire de lui donner un coup de pouce. Les partis démocratiques, tout en affichant leur sollicitude, ont toujours négligé les immigrés et leurs problèmes d’intégration . Les politiciens, en fermant les yeux sur l’immigration irrégulière, ont laissé fleurir de véritables ateliers d’esclaves dans les caves. Enfin, le rapport dénonce cette manie de se voiler la face, qui a engendré la discrimination collective.
De fait, les pouvoirs publics français ont constamment adopté vis-à vis de l’immigration la politique de l’autruche, par peur de dramatiser, par souci de ne pas indisposer les « Français de souche », par crainte de heurter l’opinion promte à avaler avidement la logomachie du Front national. Effet désastreux : les immigrés sont hapés vers le bas . Des zones de pauvreté et de non-droit se sont enkystées, évoquant en réduction les vastes ghettos noirs ou portoricains des mégapoles américaines . Plusieurs banlieues ont décroché d’une vie sociale normale et dérivent irréversiblement vers la jungle américaine. Les immigrés sont de plus en plus enclins à la communautarisation . Ils rejettent les modèles du pays d’accueil, leurs logements se dégradent, leur enfants sont voués à l’échec scolaire. Pour la Cour des Comptes , l’intégration pâtit aujourd’hui d’une double hypothèque, la concentration des migrants et le poids de l’intégration irrégulière»

Un flou artistique entoure le comptage des immigrés

A force de ne pas avoir pour ne pas voir à en débattre, l’Etat français oublie de compter juste. D’abord, combien d’étrangers en France ? Nul ne saurait le dire avec précision , faute de statistiques plausibles . A peine avance-t-on quelques estimations très approximatives. Entre 100.000 et 150.000 serait le flux annuel des entrées régulières en France . Il y aurait 3,2 millions d’étrangers en France .Or, ils étaient déjà 4 millions en 1990. Autant dire que les chiffres brandis ne valent pas un bouton . Quand on s’avise de dénombrer les entrées clandestines, c’est le flou peu artistique .La Cour des Comptes rapporte quelques chiffres dont on mesurera les grands écarts : le nombre des entrées clandestins oscillerait entre 13 000 et 30 000 par an pour les plus optimistes , il dépasserait les 140 000, corrigent les alarmistes, le nombre minimum des clandéstins ne pourrait être en deça de 135 000, mais,en réalité , il avoisinerait les 400 000 , la majorité des étrangers en situation irrégulière seraient des demandeurs d’asil politique . Il en vienderait 50 000 par an selon le ministre de l’intégration. Or, même déboutés de leur requête, ils restent sur le sol français : soit quelque 250 000 personnes dont 85% travaillent au noir .
Dans le domaine de l’emploi, et c’est la Cour des Comptes qui s’en désole, «l’information est d’une pauvreté préoccupante» , à part quelques données, un brin daté , fournies par l’INSEE. Des quelles il ressort que les immigrés démarrent immanquablement au bas de l’echelle professionnelle . Un salarié sur deux travaille dans le BTS ou les services, secteurs peu regardants sur la qualification . Au total, les ouvriers représentent 78,8% de l’ensemble de la main-d’œuvre étrangère . En substance , les immigrés représentent 78,8% de l’ensemble de la main-d’œuvre du bâtiment, de l’hôtellerie, de la restauration, de la confection , des déchetteries et des emplois domestiques . Toutes ces activités , indispensables à l’économie française, ne fonctionneraient pas sans cette manne humaine rétribuée chichement. Elle s’en contente quand les nuages ne s’amoncellent pas à son horizon . En effet, l’intégration des immigrés bute sur un probléme épineux : presque toutes les branches de l’industrie française se sont débarrassées par centaines de milliers de leurs cols bleus les moins qualifiés. Et les immigrés ont trinqué d’autant plus que les entreprises n’avaient pas veillé à leur formation . Elles ont purement et simplement jeté ces ouvriers à la casse, sans s’attacher à les réadapter à la nouvelle donne économique . Et ce sont le enfants d’immigrés déclassés, rejetés , qui en font les frais . La France compte des milliers d’enfants d’immigrés en mal d’emploi , de qualification professionnelle et de reconnaissance sociale, et qui sont l’objet d’une discrimination crue . Aux «clandestins reviennent travail au noir , salaire de misère, de dépendance à l’égard du patron et esclavage .

Des milliers de jeunes beurs en mal d’emploi et
de reconnaissance sociale


Avec les risques qu’ils font courir , involontairement, à la collectivité tout entiére. «Disponibles peu coûteux et dans l’incapacité de réclamer leurs droits, ils sont des salariés «très avantageux pour leurs employeurs», note François Brun , chercheur au centre d’études de l’emploi , dans Libération du 6 décembre 2004. «Cet état de fait n’est pas seulement inacceptable et indigne des principes que la France prône, s’indigne la Cour des Comptes , il est à l’origine de perturbation sur le marché de l’emploi , de défaut de recettes pour les institutions sociales et plus généralement, de troubles graves pour l’ordre public». Troubles graves pour l’ordre public? Il s’agit là d’un contresens dont il faut se défaire, selon lequel le péril viendrait des «clandestins». A défaut d’une politique sécuritaire cohérente, on désigne cet épouvantail à la vindicte populaire .
Or , les «clandestins» travaillent chez les Français et rentrent chez eux , exténués , en rasant les murs . Ceux qui font du bruit , qui chahutent au pied de tours de HLM, volent les sacs à main, ce ne sont pas des zombies du travail au noir . Ce sont des beurs que le chômage, la pauvreté , l’école de la sélection et l’incertitude culturelle rejettent sur les marges de la société

Les 2/3 habitent encore dans des cages à poules

Toutes les études l’ont établi : à catégorie sociale égale, les enfants d’mmigrés réussissent aussi bien à l’école que les autres. Les statistiques de l’Education nationale précisent que fortement scolarisés, les élèves de nationalité étrangère représentent 8,8% de l’effectif global des établissements scolaires. Mais ils ne sont que 4,2% dans le second cycle long et général . Et surtout ils sont surreprésentés dans les « filières de relégations, les voies de garage section d’éducation spécialisée, classe ateliers… (18,9%) . D’après le rapport de la Cour des Comptes, un enfant maghrébin sur cinq quitte le système scolaire sans diplôme .Pis : à diplôme égal , une personne d’origine maghrébine a deux fois moins de chance qu’un Français de souche de devenir cadre , cinq fois moins si elle d’origine africaine. Dans ces zones , le taux de chômage culminait à 35,3% en 1999, 23% des jeunes issus de l’immigration ont un parcours professionnel chaotique et 40% sont à la recherche d’un emploi . Selon une étude plus récente, cette proportion tutoie, dans certaines cités , les 50% chez les 15-30 ans . Intégration dans l’échec, donc. Les enfants de migrants semblent voués aux écoles ghettos comme aux cités ghettos . Gheltoïsés, les immigrés ? Le terme rebute la Cour des Comptes, qui lui préfère celui de «concentration». Un doux euphémisme , si l’on regarde la réalité en face. «L’objectif initial des dispersions des immigrés dans le parc immobilier a été démenti par les faits dés les années 80» , condamne la Cour des Comptes . En effet, dès les années 80, les immigrés ont été contenus dans quelques régions (Iles de France, Rhône-Alpes, Provence-Alpes, Côte d’Azur), et dans ces régions, parqués dans des cités aux logements vétustes et décrépits .
Les 2/3 d’entre eux habitent des HLM construits avant 1975, autrement dit des barres, des tours et autres « cages à poules» . Souvent repliés sur eux même , vivant en famille selon les coutumes de leur pays d’origine, s’entassent dans quelques mètres carrés.

Par E-Taib Houdaifa

 

 

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