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LE COUP DE GUEULE DU PR CHAFIK CHRAIBI

LE COUP DE GUEULE DU PR CHAFIK CHRAIBI

21 février, 2016

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Coup de gueule de Chafik Chraibi, président fondateur de l’ AMLAC (association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin). Une année après la remise de son rapport suite aux directives royales sur l’avortement, la situation est au point mort : le texte de loi n’a pas été soumis au Parlement et lui n’a toujours pas retrouvé la situation administrative qu’il occupait avant qu’il ne soit démis de ses fonctions par le ministre de la Santé. D’où viennent les blocages, alors que des vies sont tous les jours en danger ? Le Pr Chraibi a répondu aux questions de bled.ma.

 

Bled.ma : Cela fait presque une année que des directives ont été données pour changer les choses dans le domaine de l’IVG. Est-ce un retard? Une volonté politique de certains acteurs de mettre en veilleuse le sujet?

 

Pr Chafik Chraibi : Je me pose moi-même la question. La procédure passe par deux ministères : le ministère de la santé et celui de la justice. Est-ce la lenteur administrative qui est en cause? J’ai personnellement, suite aux directives royales, remis au Ministère de la Santé, un rapport sur l’avortement avec des recommandations. Seul l’avortement en, cas de viol, d’inceste ou de grave malformation fœtale était légal. J’ai essayé d’élargir le plus possible à certains cas comme celui de malformations handicapantes ou de trisomie 21 lorsque le couple ne souhaite pas garder l’enfant. Le ministère de la santé aurait remis le dossier au ministère de la justice. C’est ce dernier qui doit concevoir les lois et voir sous quelles formes ces recommandations vont être appliquées. J’ai cru comprendre que le texte est au Secrétariat Général du Gouvernement. Je n’ai aucune réponse officielle à ce jour. J’attire tout de même l’attention sur l’urgence du dossier. Il s’agit de vies humaines qui sont en vie chaque jour. On ne peut pas attendre. Je veux croire que c’est juste la procédure qui tarde.

 

 Vous avez donc remis votre rapport. Quelles sont les priorités que vous évoquez dans votre travail?

Pr Chafik Chraibi : Tout est prioritaire. Dans ce rapport, j’ai tenté d’élargir les cas où l’IVG doit être légalisé. L’article 453 précise que l’avortement peut être pratiqué lorsque la santé de la mère est en danger. J’élargis en parlant de santé physique et PSYCHOLOGIQUE. J’ai également élargi en évoquant les malformations handicapantes. Je parle également de l’endroit où ces avortements peuvent être pratiqués (centres de soins) et par qui ils peuvent l’être. J’évoque à ce propos la formation nécessaire pour les pratiquer. Je parle également des avortements médicamenteux. Si le texte est adopté, on pourra parler de véritable victoire.

IVG oui. Mais n’oublions pas que nous sommes dans un pays musulman… Même certains états qui ne le sont pas n’ont pas légalisé l’avortement….

Pr Chafik Chraibi: Je pense que la religion ne doit pas intervenir dès lors qu’il est question de santé. D’ailleurs même dans les livres religieux, il est dit que Dieu ne veut pas de mal aux Hommes. Donc tout ce qui est nocif n’est pas accepté par la religion. D’ailleurs, le Pr Moulay Ahmed Khamlichi, directeur de Dar Al Hadith a bien expliqué qu’il n’y a avait aucun texte dans le Coran explicite à ce sujet qui interdisait l’avortement. La religion n’est donc pas un obstacle. Beaucoup de pays musulmans ont réglé ce problème. Certains ont légalisé l’avortement en cas de malformation, viol et inceste. C’est ce qui se passe en Iran, au Soudan ou au Bahrein. D’autres ont carrément légalisé l’avortement comme la Tunisie ou la Turquie où il est autorisé dans tous les cas. Il y a eu au Maroc une véritable surenchère autour de la question. On a bien introduit la pilule du surlendemain sans aucun problème. C’est pourtant, dans le cas où il y a eu fécondation, un avortement. Personne n’en a parlé. On aurait pu simplement amender l’article 453. Mais cela n’a pas été le cas. Le cercle des religieux a aussi ses attentes en matière de communication. Il aime faire parler de lui parfois.

Propos recueillis par Amale DAOUD


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