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Les leçons de « Much loved » (Zine li fik)

Les leçons de « Much loved » (Zine li fik)

13 octobre, 2015

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J’ai vu le film « Much loved » (Zine li fik) à Paris. Je le dis tout de go : c’est une non-oeuvre. Mais…mais, n’allons pas si vite !
Cet OPNI (Objet projeté non identifié) qui a drainé, trois semaines après sa sortie dans les salles en France, près de 200.000 entrées constitue un cas d’étude pour nos cinéastes et nos cinéphiles.
En effet, pour la première fois dans notre pays, la sociologie est convoquée en amont d’une réalisation cinématographique. Je m’explique.  Sans doute avant le tournage des premières scènes, Nabil Ayouch a préparé son coup. Une stratégie marketing diabolique a été mise en branle. La société marocaine étant encore largement conservatrice (le fameux sondage sur les valeurs « c’est quoi être marocain » l’atteste), N.Ayouch savait que son navet à cul allait provoquer des remous au sein des réseaux sociaux. Il pouvait donc compter sur la complicité d’El Khalfi pour interdire le film -à l’instigation des amis du père Ayouch au sein du Cabinet royal, dit-on-, offrant ainsi au réalisateur la sympathie de l’opinion française.
Ainsi, Nabil Ayouch put bénéficier d’un Plan média fulgurant sans débourser un sou. Transformé en victime aux yeux des Français, il put faire projeter son OPNI au Festival de Cannes et bénéficiera même d’un prix (Valois d’or du cinéma francophone) à Angoulême !
C’est là que les majors de la distribution plongent en programmant le film dans des dizaines de salles à travers l’Hexagone. Le réalisateur a même été exempté des 100.000 Euros généralement exigés par eux pour la promotion ! La réussite commerciale est aujourd’hui là et bien là !

Conclusions :
1) Le cas « Much loved » nous alerte sur la nécessité pour les créateurs dans tous les domaines du spectacle d’actionner l’outil sociologique en amont de chaque « oeuvre ». On ne peut plus se permettre aujourd’hui de créer à l’aveuglette. « Quelle est ma cible ? Qui vais-je déranger ? Qui s’intéressera à mon travail ? Pourquoi ? Quelles sont les valeurs dominantes dans la société ? Etc. » Autant de questions concrètes à se poser avant de se lancer dans une démarche créative destinée au grand public.
2) La déconnexion alarmante des pouvoirs publics par rapport aux réalités de la mondialisation et son corollaire qu’est la puissance des réseaux sociaux est terrifiante. Nos gouvernants continuent, en effet, à réfléchir avec les ingrédients du siècle dernier et accumulent ainsi les gaffes tous azimuts. Pire : le premier petit malin peut encore les manipuler à loisir sans qu’ils ne s’en rendent compte le moins du monde. Oui, le petit Ayouch a bel et bien réussi son coup !

Abdessamad Mouhieddine


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