Les batailles sont nombreuses, et les femmes veulent «en être»!
Seulement 7% du patrimoine foncier appartient aux femmes, l’accès aux fonds est difficile et les niveaux de salaires moins élevés que ceux de leurs confrères masculins.
Résultat du 1er tour du bac 2007, le taux de réussite des filles s’élève à 40%, soit 4 points de plus que leurs camarades de la gent masculine. Dans ce lot se profilent plusieurs futurs chefs d’entreprises. Les filles aussi performantes que les garçons, c’est tout le combat de l’association Afem qui s’efforce de communiquer sur les réussites féminines.
«Le pouvoir, c’est penser, planifier, charmer, contrôler, punir, gratifier, déléguer, élaborer une stratégie, convaincre», lance Bouthayna Iraqui Houssani, présidente de l’Afem(1). Des responsabilités qu’exercent ces femmes dans leurs entreprises au quotidien .
Les batailles sont nombreuses, et les femmes veulent «en être»!
Seulement 7% du patrimoine foncier appartient aux femmes, l’accès aux fonds est difficile et les niveaux de salaires moins élevés que ceux de leurs confrères masculins, autant de « boulets qui entravent nos pas» pour Latifa Jbabdi, ex-présidente de l’Union de l’action féminine.
Aux rangs les plus élevés des organisations, la représentation féminine n’a pas connu d’évolution majeure depuis la IXe Conférence mondiale sur les femmes tenue à Beijing en 1995. Mais ces femmes l’affirment, le partage du pouvoir est gage de développement. Le Maroc doit suivre l’évolution amorcée par les pays du Nord comme l’Irlande et la Finlande. Dans ce pays, le gouvernement compte 12 femmes sur 20 ministres, soit 60%, c’est un record mondial selon l’Union interparlementaire. La Finlande incarne également le premier pays d’Europe à avoir accorder le droit de vote aux femmes: c’était en 1906. Un autre record, depuis les élections législatives du 18 mars, la Finlande fait partie des trois pays où les femmes sont les mieux représentées au Parlement, avec 84 femmes députées sur 200, soit 42%, juste derrière le Rwanda (48,8%) et la Suède (47,3).
A quand un tel paysage au Maroc? Lors des débats, les femmes ont souligné les droits non acquis par la femme dans la sphère socioéconomique. Et elles ont également affirmé de concert le sentiment d’être victime d’une sorte de déterminisme et de subordination à l’Agir féminin. Une sorte de lassitude de ne pas choisir mais de subir les directives dans leur propre domaine.
L’idée n’était pas de faire preuve de racisme envers les hommes ni de rechercher le pouvoir pour le pouvoir, mais de revendiquer une place à part entière de dirigeante, de citoyenne. Apporter une vision distincte d’un Maroc plus performant, plus accueillant, plus solidaire. «L’avenir se trouve dans les mains des femmes, car celles-ci n’ont pas encore fait part de leur potentiel», constate Yasmina Baddou, secrétaire d’Etat chargée de la Femme, de l’Enfance et des Personnes handicapées. Députée à Casa Anfa, elle se réjouit des réformes du Code de la famille et de celui de la nationalité. Selon elle, moins de discrimination est à noter, et les femmes peuvent enfin s’engager dans une ère nouvelle. Le combat, désormais, est celui de l’image. Le cadre juridique reste une avancée mais la femme doit être plus exposée médiatiquement et politiquement. A noter que la prise de décision des femmes au niveau mondial n’est que de 4%. Le Maroc s’est engagé dans un processus de réhabilitation des femmes, certes. Mais Latifa Jbabdi déplore encore le manque d’initiatives des femmes pour les échéances de 2007, notamment sur les partis politiques et la loi électorale.
Elaborer une stratégie et arrêter des enjeux d’avenir, c’est d’abord prendre conscience du rôle à jouer dans le paysage marocain. L’idée est de revendiquer une approche genre.
Les débats ont mis en exergue le besoin d’analyser ce qu’attendent les citoyens des partis politiques et de l’incarner en tant que femme. «La démocratie ne peut être égalitaire que lorsqu’elle intégrera la dimension genre dans ses programmes et son cadre décisionnelle», lance Latifa Jbabdi. Faire accepter que tout ceci ne relève pas de l’apanage des hommes incarne l’enjeu essentiel. Alors, pour ne pas «subir» les mesures discriminatoires et cesser d’être spectatrice des lois qui régissent le secteur économique, «la mesure qui s’impose, c’est d’investir le politique», renchérit Hakima El Haité, vice-présidente chargée des relations institutionnelles et internationales de l’Afem. Toutes ont conscience que seule la sphère politique décide et gère de l’économie d’un pays.
Dans la salle, sur 150 femmes, 6 étaient inscrites en politique. L’Afem se dit apolitique, cependant l’association incite ses membres à se former et à s’investir dans n’importe quel parti. Néanmoins, face au clientélisme, les femmes doivent commencer par leurs quartiers et faire valoir que, désormais, il faudra compter avec elles. Vouloir représenter ses compatriotes, c’est savoir où est la dynamique sociale, restaurer le mérite et le travail au sein même de son quartier. «C’est d’une force unie de lobbying que les femmes ont besoin », affirme Saloua Karkri Belkeziz, fondatrice et présidente honoraire de l’Afem.
L’accent a également été mis sur l’enjeu que symbolise l’éducation, véritable frein à l’affirmation des femmes. Ces dernières doivent éduquer leurs enfants de manière semblable. Changer les mentalités, c’est réveiller les femmes et en finir avec cette dichotomie des taches présentes dans les maisons marocaines. Un bon moyen de faire accepter aux hommes le nouveau rôle que les femmes ont à jouer dans le pays.
La femme active en quelques chiffres
Proportion des femmes dans la population au Maroc: 52%
Nombre des femmes participant à la force de travail: 40%
Nombre de femmes chefs d’entreprises: Environ 1.750
Nombre de femmes au Parlement marocain: 35
Taux de femmes à la première Chambre: 10,8%
Taux de femmes à la seconde Chambre: 1,1%
Nombre de femmes dans le gouvernement marocain: 2
Nombre de femmes ambassadeurs et consuls: 6
Femmes élues dans des circonscriptions aux élections locales en 2003: 127
Diane DAUDIN CLAVAUD
L'Economiste