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Maroc-Pays-Bas : Une crise aux multiples facettes

Maroc-Pays-Bas : Une crise aux multiples facettes

16 septembre, 2015

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Le 1er janvier 2016, la dénonciation du traité de la sécurité sociale entre le Maroc et les Pays-Bas entrera en vigueur. Clairement, cela signifie que les montants des allocations versées aux Hollandais d’origine marocaine rentrés au Maroc seront indexés sur le coût de la vie c’est-à-dire revus à la baisse. Les Marocains refusent cette baisse, la considérant comme un «retour sur les acquis». Les Néerlandais le voient d’un autre œil. Rien n’irait donc plus entre le Maroc et les Pays-Bas. Mais les raisons de la crise pourraient être ailleurs. En Hollande, les Marocains crient à la discrimination alors que le gouvernement parle de nouvelles mesures face à la crise.

 

Dans le centre ville d’Amsterdam, des groupes de jeunes, d’apparence maghrébine, font la fête jusqu’à l’aube. Mêlés à d’autres groupes et aux touristes, ils semblent ne pas se soucier du lendemain, indifférents à l’heure tardive. Demain, ils ne devront pas aller au lycée parce que la plupart d’entre eux l’ont quitté, faute de résultats honorables. Demain, les plus âgés n’auront pas à se réveiller pour aller au travail. Beaucoup n’en ont pas.

Le taux de chômage au sein de la population marocaine établie en Hollande avoisinerait, selon les chiffres officiels, les 65.000 soit près de 15% de la population totale. Avec près de 460.000 ressortissants d’origine marocaine, les Pays-Bas représentent le quatrième pays d’accueil des immigrés marocains après la France, l’Espagne et l’Italie.

Les jeunes sont particulièrement touchés. Se considérant comme marginalisés, ils sont nombreux à choisir la délinquance. Que ce soit à Rotterdam, Ultrecht ou Amsterdam, les trois cités hollandaises à abriter la plus forte communauté d’origine marocaine, les maux sont les mêmes: fort taux de chômage, marginalisation des jeunes dans les cités, délinquance et fort taux de criminalité au sein de cette jeunesse. A Ultrecht, il y a quelques années, la maire avait interdit les réunions dans certaines zones, par crainte de bagarres et avait décrété «la situation hors de tout contrôle» en faisant allusion aux jeunes d’origine marocaine ou antillaise. Le problème de la criminalité avait pris une telle ampleur que la mairie et la police avaient proposé de mettre les jeunes dans des centres spécialisés de délinquance pour tenter de résoudre le problème. Selon les chiffres divulgués par la presse, pus de 40% des jeunes hollandais d’origine marocaine ont déjà eu des démêlés avec la justice ou la police.

«Beaucoup de jeunes s’absentent de l’école et finissent par la quitter», confirme Ahmed, chauffeur de taxi à Amsterdam. Originaire du Rif comme la majorité des Marocains de Hollande, il a construit sa vie dans ce pays, y a fondé sa famille et n’envisage pas pour l’heure un retour au Maroc. «Retourner au Maroc supposerait que je ne bénéficie plus des mêmes droits à la retraite par exemple », poursuit-il.

Sa réponse spontanée pointe du doigt la problématique actuelle qui fait couler de l’encre depuis plusieurs mois.
Le gouvernement néerlandais a en effet décidé de revoir à la baisse (40% en moins) les retraites versées aux ayant droit qui ont choisi de rentrer au pays. Mais le gouvernement ne parle pas de baisse. Il s’agit selon lui d’une indexation au coût de la vie. Puisque le coût de la vie est moins élevé au Maroc, «il est normal que le montant des retraites le soit aussi».

«On n’applique pas cette indexation au coût de la vie au japon, pays où ce coût figure parmi les plus élevés au monde », ironise Abdelouahab Bellouki, Ambassadeur du Maroc aux Pays-Bas. Le diplomate est bien connu des médias hollandais pour s’y être exprimé plusieurs fois, notamment au sujet de cette problématique. L’affaire a commencé par une demande de dénonciation du Traité de sécurité sociale entre le Maroc et les Pays-Bas par le gouvernement néerlandais. Face à la crise économique, certains députés néerlandais ont proposé de réduire les dépenses allouées aux allocations de retraite. Ce que le gouvernement marocain a réfuté violemment, considérant l’initiative comme un véritable retour sur les acquis.

 

Budget alloué aux retraités au Maroc : 67 millions d’euros

«Si cette mesure entre en vigueur, le budget économisé par le gouvernement hollandais sera dérisoire. Cette proposition est donc dénuée de son sens premier », explique Bellouki. En effet, il y a presque 14.300 personnes au Maroc, de personnes à la retraite aux personnes bénéficiant de l’allocation de survivant, en passant par les allocataires d’allocations d’invalidité, qui ont droit à une allocation des Pays-Bas. Et 3.400 enfants au Maroc qui bénéficient d’allocations familiales qui verraient, six mois après l’abrogation de la convention, ces allocations supprimées. C’est le 1er janvier 2016 que la dénonciation aura lieu. Si tel est le cas.

Les Pays-Bas déclarent souhaiter le maintien de la convention. Leur demande porte sur la modification trois points : l’exportation des prestations familiales et du complément d’allocation pour enfant à charge pour les enfants résidant hors de l’UE ; la couverture mondiale des frais de santé en cas de séjour temporaire à l’étranger dans le cadre de la loi sur l’assurance soins de santé ; et, tertio, aligner le montant des minima sociaux exportés sur le niveau de vie dans le pays concerné.

Les choses pourraient donc reprendre leur cours normal si le Maroc acceptait de modifier ces points. C’est ce qu’a déclaré en substance Lodewijk Frans Asscher
Ministre des Affaires sociales des Pays-Bas il y a quelques semaines à peine. «Il n’y a pas pour le moment de changement de notre position », déclare par ailleurs Abdelouahab Bellouki. «Le cadre de coopération entre le Maroc et la hollande est tellement vaste que s’acharner à vouloir modifier deux ou trois articles n’a aucun sens », estime-t-il. Il donne quelques exemples de ce vaste champ de coopération comme le commerce ou encore voire surtout la coopération judiciaire et la lutte contre le terrorisme. «Dans le contexte actuel, la lutte contre le terrorisme apparaît une priorité bien plus importante que les quelques millions d’euros d’économie du gouvernement hollandais», ajoute le diplomate. La tension entre les deux pays a fait les choux gras de la presse partisane, particulièrement d’extrême-droite en Hollande. Le célèbre député Geert Wilders, leader du parti de la liberté (PVV) est même allé jusqu’à interpeller les participants à un meeting en leur demandant s’ils « souhaitaient moins de Marocains en Hollande ». Cette attitude qui a suscité de très vives réactions n’enlève pas pour autant à ce parti sa relative force. Il figure aujourd’hui au palmarès des trois premiers partis des Pays-Bas avec 14% des voix au Parlement et 150 députés. Depuis le 11 septembre 2011, il surfe sur des propos anti-marocains, carrément xénophobes.

Mais la réalité est que la communauté marocaine établie en Hollande, en majorité originaire du Rif, est aussi parfaitement intégrée. La nouvelle génération a produit des personnalités qui occupent de hautes fonctions politiques comme le maire de Rotterdam (Ahmed Boutaleb) ou encore Khadija Arib, députée à La Haye. On y trouve aussi de grands footballeurs comme Ibrahim Afellay, des écrivains de renommée internationale comme Hafid Bouazza, Abdelkader Benali ou le poète Mustafa Stitou qui a été choisi parmi tous les poètes néerlandais pour déclamer un poème devant la reine Béatrix. C’est sans parler des nombreux cadres, avocats, médecins issus de l’immigration marocaine, parfaitement intégrés aujourd’hui. L’émigration marocaine en Hollande, ce sont ces deux visages. Mais les médias préfèrent ne s’intéresser qu’au plus sombre d’entre eux.

Amale DAOUD

 

Encadré  : Première communauté en Hollande

On évalue le nombre de Marocains en Hollande à 460.000. La majorité d’entre eux sont originaires du Rif, Nadir, Al Hoceima. Selon les chiffres officiels, 65.000 d’entre eux seraient au chômage ou occupent des emplois temporaires. Toujours selon ces chiffres, la politique d’intégration aux Pays-Bas coûterait 2,7 millions d’euros par an à l’Etat néerlandais.

 

 


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