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SAHARA : LES QUESTIONS QUI FÂCHENT

SAHARA : LES QUESTIONS QUI FÂCHENT

12 novembre, 2016

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Comme le temps passe si vite ! Ceux qui sont nés en cette année épique de la Marche verte sont aujourd’hui des quadragénaires. En ce quarante-unième anniversaire de la Marche verte, Mohammed VI a parlé et il a bien fait de tirer les oreilles d’une classe politique affairée autour du butin électoral. Mais, il n’est pas interdit de faire le bilan, plus de quatre décennies et deux constitutions plus tard.

Aussi s’interroger sur le mode de gestion du dossier saharien ne peut-il nullement signifier pour tout authentique patriote, quel que soit son ancrage idéologique, l’alignement sur la thèse algéro-polisarienne. C’est plus qu’un droit; c’est un devoir.
Des échéances diplomatiques et géostratégiques éprouvantes guettent notre pays en ces temps électoraux périlleux aux USA et bientôt en France. Ces échéances peuvent être enceintes de bien douloureuses meurtrissures. La transition politique en Algérie ajoute une inconnue de taille à une équation suffisamment alambiquée.

En vérité, si l’on ne peut que reconnaître la maestria hassanienne qui présida à la Marche verte, qui plus est au cœur de cette ère de guerre froide particulièrement belliqueuse, il n’en demeure pas moins qu’à cet égard deux erreurs « génétiques » furent commises dès l’arrivée d’Ahmed Bensouda à Laayoune pour y hisser formellement le drapeau national.

1) On a opté pour l’engraissement des notables (Joumani, Khalihanna & cie) en négligeant « royalement » les populations. Rien, absolument rien, n’a été entrepris en leur direction.

2) Au lieu de procéder à une intégration socioculturelle, civique et institutionnelle puissante et adroite, notamment via une sérieuse démocratisation du régime, on a choisi de mettre en place un système éminemment makhzénien assis sur la rente. Basri poussa ce système à des limites qui paraissent aujourd’hui effrayantes. Pour un oui ou un non, on brandit dorénavant le drapeau de la RASD. Le chantage est à son comble et aucun wali, gouverneur ou représentant de l’Etat n’est capable de procéder au salutaire sevrage qui doit pourtant s’imposer au nom même de l’égalité des citoyens devant la loi, telle que consignée dans la constitution.

Sur le plan diplomatique, dès 1981 à Nairobi, on s’est engagé dans un processus défensif au sein duquel l’initiative à été abandonnée à l’adversaire.Toujours dans la précipitation, on corrigeait les erreurs par des bourdes, les bourdes par des fautes et les fautes par des catastrophes. Je fais grâce des épisodes du recensement référendaire, des clashs avec la Minurso, des crises d’humeur face aux envoyés spéciaux de l’ONU, des maladresses musclées face aux ONG, des mélodrames Aminatou Haidar ou encore Tamek…etc.
Sur le plan du lobbying, que de nullités fort coûteuses ! Exemples : A Strasbourg, siège du Parlement européen, à Bruxelles, où se trouve la Commission du même nom, à New York et à Washington, les lobbyistes pro-polisariens sont fixés, visibles et ont pignon sur rue. L’exemple espagnol est autrement plus édifiant : Sait-on seulement que pas moins de 475 ONG pro-polisariennes y manipulent à loisir les élites politiques, culturelles et médiatiques, voire universitaires et artistiques quasiment sous nos yeux ?
Et que fait Rabat face à cette guerre d’influence ? Une honte des plus débiles : on continue à goinfrer des plumitifs marocains qui s’époumonent à répéter comme des perroquets « Le Sahara est marocain ! ». Et puis on vire quasi-automatiquement, sans obligation de résultat aucune, des centaines de millions de $ sur les comptes de lobbyistes européens et américains aux réseaux relationnels bien chétifs, tel cet ancien ambassadeur US à Rabat qui en a fait fortune !
Oui, la carte de l’autonomie interne était ingénieuse. Mais elle est déjà vieille, a aujourd’hui besoin d’un sérieux relooking dans le sens d’un fédéralisme visible et ne peut résister indéfiniment aux chamboulements de plus en plus vertigineux des alliances sur la mappemonde. En témoignent, à titre d’exemples, la lâche cyclothymie des gouvernants socialistes français, la position plus ou moins chancelante du Département d’Etat américain, y compris du temps de « notre amie » Hilary, la fragilité extrême des pays du Golfe dont nous avons fait un ancrage diplomatique pour peser sur les grandes puissances.
Resumons-nous : une population saharienne, constituée à plus de 80% de jeunes nés après la Marche verte, qui porte en elle une conception rentière de la citoyenneté; une communication en externe pour le moins médiocre sur le dossier; une diplomatie terne et mal armée en logistique comme en maîtrise argumentaire, sans compter le fait que nos acteurs réels en la matière, y compris au Cabinet royal, sont connus pour leur méprisante ignorance originelle de la culture hassanie; un lobbying tout à la fois maladroit, inefficace et souvent coûteux.
Avec une Algérie plongée plus que jamais dans un mal-être ethnoculturel, institutionnel, socioéconomique et politique anhistorique, le dossier saharien risque de boucler la boucle du casus belli qui n’attend que l’opportunité favorable pour se transformer en un conflit aussi apocalyptique que celui qui opposa naguère l’Irak à l’Iran.
Il est donc urgent d’ouvrir ce vaste dossier comme il devrait l’être en y associant tout ce que notre pays compte en matière grise et en forces réellement représentatives, à commencer par la jeunesse sahraouie. Auparavant, il serait hautement symbolique d’inviter à se rhabiller les féodalités locales, à commencer par celle des Khalihanna qui avaient mis main basse sur les milliers d’hectares de Laâyoune dès le lendemain de la Marche verte. Puis, de toute urgence, le démantèlement formel du bizarroïde Corcas !
Oui, j’ai peur pour mon pays. Ce dont on a urgemment besoin, ce n’est pas le fait de ressasser indéfiniment « Sahara marocain ! Sahara marocain ! ». C’est l’invention d’une grande politique saharienne ! Et fissa avant qu’il ne soit trop tard !

Abdessamad Mouhieddine

 

 

 

 


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