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SALUONS L’EXPLOIT DES 39.000 EMPLOIS ET RESTONS VIGILENTS !

SALUONS L’EXPLOIT DES 39.000 EMPLOIS ET RESTONS VIGILENTS !

5 juillet, 2016

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Sans doute par ce déficit de confiance qui lamine crescendo l’opinion publique marocaine et hormis les porte-voix officiels, pas grand monde n’a salué l’annonce de la création de 39.000 emplois via les contrats d’investissement signés conjointement par les ministres concernés et les capitaines d’industrie par-devant M6 et grâce au nouveau dispositif institutionnel et réglementaire annoncé également en présence du Souverain.

Quelques remarques s’imposent au lendemain de cette fête entrepreneuriale.

Les promoteurs de la refonte des modus operandi de l’investissement peuvent légitimement s’enorgueillir, certes, de la multiplication des exemptions fiscales -0% au titre de l’IS durant cinq ans, par exemple-, de l’instauration de moult zones franches tant régionales que sectorielles ou encore la simplification des démarches à travers la numérisation des procédures. Mais, le corpus international des mesures visant la « facilité de faire des affaires » demeure vicié par l’indigence judiciaire et la nature même des PME, grosses pourvoyeuses d’emploi, qui demeurent engluées, dans leur grande majorité, dans le carcan familial et, par conséquent, népotique. Or, l’assainissement du « climat des affaires » exige le « bon débarras » de certains réflexes « businessophobes ».

Créé par la Banque mondiale (BM) en 2003, l’indice du climat des affaires ou « la facilité de créer des affaires » (Ease of doing business index) est un indicateur devenu incontournable à l’heure de la financiarisation des flux capitalistiques et de la fugacité/versatilité de l’investissement. Or, force est de reconnaître qu’à ce registre le Maroc a fait des efforts notables que salue d’ailleurs l’Institution de Bretton Woods elle-même. Le royaume s’est adjugé, en effet, le 75ème rang mondial sur 189 pays en 20015, gagnant ainsi cinq places par rapport à l’année précédente. Au sein de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), il rafle la 6ème place dépassant ainsi l’Algérie (163ème), l’Egypte (131ème) et même l’Arabie Saoudite (82ème). Tout cela est gratifiant, certes. Mais quid des failles qui continuent à paralyser l’émergence effective du pays, au vu des dix stricts critères qui composent le corpus du « Climat des affaires » ?

Or, deux d’entre ces critères universels, et pas des moindres, font toujours défaut à la machine entrepreneuriale marocaine : d’abord le volet relatif à « l’exécution des contrats qui mesure l’efficacité du système judiciaire en matière de résolution de litiges commerciaux ». Puis le critère de la « protection des investisseurs qui évalue le niveau de protection des actionnaires minoritaires contre l’utilisation abusive des actifs de la société par les administrateurs à des fins personnelles ». Hélas, l’assainissement du champ judiciaire au moyen de la numérisation et la lutte contre la corruption reste, comme chacun le sait, un vœu pieux, en dépit que quelques timides avancées relatives à la gestion administrative des fonds de commerce !

En vérité, si le Marocain est reconnu universellement comme un être entreprenant, il n’en demeure pas moins que l’imaginaire commun résiste encore à la rationalisation des comportements face à l’argent et au respect des procédures normatives. De plus, l’esprit rentier reste omniprésent dans la relation entre l’entrepreneur et l’administration.

Encourager l’investissement est louable, mais il doit être accompagné de mesures coercitives rigoureuses quant à la traque des mœurs népotiques et corruptives, des passe-droits et des manquements au principe constitutionnel de l’égalité des chances.

Cela étant, joignons-nous à la fête, abandonnons donc le manichéisme et saluons les contrats signés et les promesses du nouveau dispositif d’investissement !

  Par Abdessamad MOUHIEDDINE


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