• mar 24 octobre 2017  01:19
Bled.ma

L'info sans frontières

TUNISIE – BARDO : L’ACTE II DE LA TRAGÉDIE DJIHADISTE

TUNISIE – BARDO : L’ACTE II DE LA TRAGÉDIE DJIHADISTE

18 mars, 2016

[ - ] A [ + ]

Le 18 mars 2015, la Tunisie entrait de plain-pied dans l’ère du terrorisme avec l’assassinat de vingt et un touristes dans ce haut lieu de culture qu’est le musée du Bardo. Analyse.

À 17 heures, ce sera l’heure du recueillement. Les autorités et leurs hôtes étrangers, dont Jean-Marc Ayrault, dévoileront une mosaïque composée des visages des victimes. Si l’attentat n’avait pas été suivi de répliques, la cérémonie serait un hommage aux morts. Tristesse, recueillement et discours. Mais le « Bardo » n’est plus un musée. Le « Bardo » n’est plus qu’une délégation. Le « Bardo » est le premier acte d’une saison en enfer. Le symbole d’une guerre qui s’est ouverte à grand renfort de médias dans le périmètre de la capitale. En quelques minutes, deux hommes exécutaient à coups de kalachnikov des étrangers et un policier. La guerre sourde qui se déroulait dans les soutes des régions intérieures depuis 2011, plus de 150 morts déjà, éclatait au grand jour à la une des chaînes d’info, de CNN à Al Jazeera. Pour les experts, ce genre d’opération est classique et ne demande pas une logistique excessive : pas de planques, peu de réseaux. Ce qu’un enlèvement exige, par exemple. Les casernes des unités spéciales de la garde nationale étant voisines, à dix minutes grand maximum, l’intervention fut rapide, efficace, évitant un bain de sang de plus grande ampleur. Des dizaines de touristes furent cachés dans certains endroits du musée, puis exfiltrés par l’arrière. Ce carnage avait une vocation médiatique. Les assassinats de soldats sur le mont Chambi et d’ailleurs avaient pour objectif d’affaiblir l’armée, de briser la colonne vertébrale de l’appareil sécuritaire. C’était l’acte I de l’agenda djihadiste.  Le « Bardo » vise l’économie du tourisme à travers les cadavres de Japonais, de Français… Les croisières qui faisaient escale à La Goulette passeront désormais au large des côtes tunisiennes. Un coup dur pour les métiers liés à cette ressource : du taxi au restaurateur, du vendeur à la sauvette au marchand de verroterie. La Tunisie va prendre conscience qu’elle est une proie et que sa jeunesse fournit un important bataillon de djihadistes à l’État islamique et à Aqmi. Des rapports des Nations unies évoquent entre 5 000 et 6 000 cas. Une bombe à retardement.

Harceler un pays stable dans une région instable

La Tunisie devenue démocratie fait figure d’anomalie sur la carte régionale. Son printemps est passé dans le langage courant, terme que le président Essebsi réfute. Lors d’un G8 où son pays était l’invité d’honneur, il avait fait part de ses réserves sur le sujet. En fin connaisseur des régimes et des mentalités des dirigeants arabes, BCE jugeait excessive cette formule. Si la Libye, l’Égypte, la Syrie ont connu des révolutions, leurs prolongements sont à l’opposé du modèle tunisien. Kadhafi mort, la Libye s’est morcelée entre Tripoli et Tobrouk, des milices et des tribus. Au point d’être devenue un « hub du terrorisme », selon les propos maintes fois répétés de Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense français. En Égypte, le maréchal Al Sissi a enfilé les habits d’Hosni Moubarak. Arrestations par dizaines de milliers, condamnations à mort de dirigeants des Frères musulmans, atteintes aux libertés de tout opposant. Ce qui n’empêche pas le Sinaï d’être une poudrière. À Damas, la dynastie alaouite massacre allègrement ses opposants pendant que Daech et Al-Qaïda détruisent les vies au nom de Dieu. Sur ces champs de ruines moraux et guerriers, la haine recrute. En Tunisie, notamment. En tentant de flanquer par terre un pan entier de l’économie nationale, 7 % du PIB, le terrorisme veut amplifier chômage et pauvreté. Et recruter de nouveaux zélotes du djihad. Ce jour de deuil au Bardo se déroule onze jours après l’assaut de la ville de Ben Guerdane, à 560 kilomètres du musée. Le 26 juin prochain, on commémorera les victimes du Riû Mahraba Hôtel, à Port El Kantaoui, gouvernorat de Sousse. Puis le 24 novembre, à Tunis, ce sera les douze membres de la garde présidentielle tués par un kamikaze. Un chapelet de commémorations pour un autre de malheurs.

Benoît Delmas/Le Point


Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *