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TUNISIE : LA CONTESTATION ENFLE

TUNISIE : LA CONTESTATION ENFLE

22 janvier, 2016

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La contestation contre le chômage et l’exclusion sociale, partie de Kasserine, s’est étendue jeudi à de nouvelles villes de Tunisie. Cinq ans après la révolution du jasmin, la Tunisie se trouve confrontée à une population lasse d’attendre que les promesses se réalisent.

Face à la dégradation de la situation, le Premier ministre Habib Essid a écourté sa visite en Europe, où il participait au Forum de Davos, et annoncé qu’il présiderait samedi un conseil des ministres exceptionnel. La veille au soir, des incidents ont eu lieu dans plusieurs localités et quartiers du Grand Tunis.
A Kasserine, dans le centre défavorisé du pays, la police a comme la veille fait usage de gaz lacrymogène pour disperser des manifestants qui bloquaient des routes et jetaient des pierres. En soirée, l’atmosphère restait tendue, et le couvre-feu non respecté.

C’est dans cette ville que les troubles ont commencé après que le chômeur Ridha Yahyaoui soit décédé en étant électrocuté en haut d’un poteau électrique. Le jeune homme protestait avec d’autres contre son retrait d’une liste d’embauches dans la fonction publique. «Nous en avons assez des promesses et de la marginalisation. Nous avons fait la révolution et nous ne nous tairons plus», a confié une manifestante, Marwa Zorgui, reflétant le ras-le-bol de nombreux habitants de la région.

La veille, un policier est mort selon le ministère de l’Intérieur. Selon l’AFP, que le véhicule du policier s’était renversé. A l’hôpital de Kasserine on a fait état de 240 blessés parmi les civils et de 74 policiers depuis le début des troubles.
 Un responsable sécuritaire a affirmé que les forces de l’ordre avaient reçu pour instruction d’observer «le plus haut degré de retenue», pour éviter toute escalade. Dans un communiqué, le gouvernement a lui «mis en garde contre le danger des infiltrations dans les protestations pacifiques» pouvant mener à «la violence, et au vandalisme».

Jeudi matin, plus d’un millier de personnes, souvent jeunes, s’étaient rassemblées devant le gouvernorat de Kasserine pour obtenir des renseignements sur le recrutement de 5.000 chômeurs annoncé la veille en urgence par le gouvernement. En journée, le ministère des Finances a toutefois rectifié cette annonce, indiquant qu’il ne s’agissait pas de créations d’emplois mais de l’élargissement d’un dispositif d’aide. Alors qu’elle visait à calmer la situation, l’annonce initiale a suscité des remous ailleurs, comme à Siliana (nord-ouest). «La marginalisation, on n’y remédie pas de manière sélective parce que Kasserine a protesté et pas Siliana», a lancé l’élu Salah Bargaoui en marge d’un rassemblement devant le siège du gouvernorat.

A Sidi Bouzid, d’où était partie la révolution de 2011, plusieurs routes ont été coupées par des pneus en flammes et des manifestants, pour la plupart très jeunes, ont jeté des pierres sur la police, qui a répliqué par du gaz lacrymogène.  Le centre-ville, où le vendeur ambulant Mohamed Bouazizi s’était immolé fin 2010, a été bouclé. Des manifestations ont aussi eu lieu à Jendouba, Gafsa ou encore Kébili, selon des médias locaux. A Souk Lahad (centre), un poste de la Garde nationale (gendarmerie) a été incendié, d’après un responsable du ministère de l’Intérieur. «C’est comme si nous étions encore à la fin 2010-début 2011. De Bouazizi à Yahyaoui, les motifs et la manière se répètent», a estimé jeudi le quotidien arabophone «Al Chourouk».

A Davos, le Premier ministre a déclaré que le chômage était «le problème essentiel (…) et l’une des priorités du gouvernement». Mais «nous n’avons pas de baguette magique pour en finir en peu de temps», a dit Habib Essid. La Tunisie doit «trouver un nouveau modèle de développement (…) qui s’appuie sur la justice sociale», a-t-il ajouté, reconnaissant «beaucoup de disparités entre les régions».

 Bled.ma avec AFP


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